Voici le parcours d’un adolescent dont le corps, en deux ans, s’est progressivement rigidifié jusqu’à l’empêcher de quitter son lit. Tout a démarré par un gonflement douloureux à la base du cou, d’abord pris pour une inflammation bénigne. Rapidement, d’autres masses sont apparues sur son dos, ses poignets, ses membres, tandis que ses articulations perdaient leur mobilité. Aujourd’hui, il ne peut ouvrir la bouche que de deux à trois millimètres, ce qui rend l’alimentation difficile et entraîne une importante perte de poids.
Ce cas, relaté le 12 janvier 2026 dans la revue BMJ Case Reports par des chercheurs de l’Institute of Medical Sciences à Bathinda (Pendjab), met en lumière une pathologie génétique d’une rareté et d’une complexité extrêmes : la fibrodysplasie ossifiante progressive (FOP), aussi appelée « maladie de l’homme de pierre ». Aucun cas similaire n’a été recensé dans sa famille.
Un cas clinique révélateur de la maladie
Lors de l’examen, le jeune patient est éveillé, sans signe de fièvre. Il présente une fonte musculaire sévère et des indices de dénutrition. Ses coudes et genoux sont figés en flexion, et la mobilité de ses épaules, poignets et de la colonne vertébrale est très limitée. L’atteinte de l’articulation temporo-mandibulaire rend quasiment impossible l’ouverture de la bouche, expliquant ainsi ses difficultés à s’alimenter.
Sous la peau, le long du rachis et autour des grandes articulations, on perçoit des masses dures, faisant penser à de l’os là où seuls muscles et tissus mous devraient se trouver. Plusieurs escarres sont également observées.
Un élément, pourtant visible dès la naissance, prend tout son sens rétrospectivement : les deux gros orteils sont déviés vers l’extérieur, formant un hallux valgus congénital. Ce signe, souvent négligé, aurait pu orienter plus tôt vers cette pathologie exceptionnelle.
Un scanner effectué sans contraste met en évidence l’étendue du
processus. Les images révèlent des zones d’ossification anormale autour de la mâchoire inférieure, des bandes osseuses temporales, et des ligaments fusionnés entre les vertèbres cervicales. Plus bas, les muscles profonds du bassin, des cuisses, des bras et des jambes—normalement souples—sont également transformés en tissu osseux. Ces ossifications, de la tête au bassin, donnent l’impression qu’un second squelette se construit progressivement sur l’original.
Chez cet adolescent, l’association de malformations des gros orteils, d’ossifications étendues des tissus mous et d’images radiologiques typiques permet de diagnostiquer une fibrodysplasie ossifiante progressive, sans recourir au test génétique. Il ne souffre ni de tumeur ni de pathologie rhumatismale rare, mais d’une maladie qui convertit lentement ses muscles et tissus conjonctifs en os.
Une maladie connue depuis des siècles
La fibrodysplasie ossifiante progressive n’est pas une pathologie récemment découverte. Son premier signalement remonte à 1648, lorsque Guy Patin, médecin français, décrit une femme « devenue dure comme du bois ».
En 1740, le chirurgien britannique John Freke détaille le cas d’un patient présentant des masses osseuses multiples. Plus tard, en 1868, Von Dusch analyse plus en profondeur la maladie, suivi en 1869 par Munchmeyer, qui recense douze cas sous le terme de « myosite ossifiante progressive », pour la distinguer des ossifications localisées.
En 1970, le généticien Victor McKusick (Johns Hopkins University) propose de renommer officiellement la maladie fibrodysplasia ossificans progressiva, suivant les avancées de Bauer et Bode en 1940, afin de souligner que, outre les muscles, d’autres tissus mous tels que tendons et ligaments sont également sujets à cette ossification progressive.
Il faudra attendre 2006 pour que Fred Kaplan et Eileen Shore (Université de Pennsylvanie) identifient le gène responsable, ce qui marque un tournant dans la compréhension des mécanismes biologiques et ouvre la perspective de thérapies ciblées.
Une maladie génétique extrêmement rare : un cas sur deux millions
La fibrodysplasie ossifiante progressive (FOP) est une affection génétique d’une rareté extrême, touchant environ une personne sur 1,5 à 2 millions, indépendamment du sexe ou de l’origine.
Il s’agit d’une maladie autosomique dominante : chaque individu possède deux exemplaires du gène ACVR1, et l’altération d’un seul suffit à déclencher la maladie.
Le plus souvent, il n’existe aucun antécédent familial. La mutation survient spontanément, soit dans une cellule reproductrice, soit juste après la fécondation. Les formes héréditaires existent mais restent très marginales.
Un signal de formation osseuse déréglé
La FOP est presque toujours due à une mutation du gène ACVR1 (également connu sous le nom d’ALK2), qui code pour un récepteur clé dans la formation osseuse. Ce récepteur intervient dans la signalisation des protéines morphogénétiques osseuses (BMP), indispensables au développement du squelette.
La mutation en question provoque un « gain de fonction » : au lieu d’être désactivé, le récepteur devient hyperactif. Dans 97 % des cas, il s’agit de la <a href="https://cob.silverchair-cdn.com/cob/content_public/journal/dmm/13/9/10.1242_dmm.046441/5/dmm04644101.png?Expires=1771340665&Signature=prdXfUCvpys5g63sVRFaN-xz4rCYdRmc5JfjHBF8-jYrXdfuo1yml37g~9YYMze1txEq99fsAPdN9Shbvh6SQzLWttY-qCOP1Cra1G-DLc8yX-A2rzmu0xrQReBIqXql5P4dJ2ctlCJUIz9O4prP7Ql4ahUmI0KE0DL8xm2khaeWkK88mQadAe4HFdMyIRauOofkUM~sjR1F7tyA1SyE6o7VDBSVzmY83vxdxL0l0yBl4gM7YBIC
