DMA: alors que la Commission européenne menacerait Google d’une sanction historique de plusieurs centaines de millions d’euros, l’entreprise dénonce une expérience de « second ordre » pour les Européens



La Commission européenne estime que Google continue de mettre en avant ses propres services au détriment de ses concurrents. L’entreprise pourrait écoper de la plus lourde sanction jamais prononcée au titre du DMA, le règlement européen destiné à encadrer les géants de la tech.

Bruxelles continue de serrer la vis aux géants américains du numérique. Et, à force de vouloir tout remonter en tête des résultats, Google pourrait surtout voir grimper l’addition. Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, la Commission européenne s’apprête à infliger au géant américain une amende de plusieurs centaines de millions d’euros dans le cadre d’une enquête ouverte au titre du règlement sur les marchés numériques (DMA).

L’enquête, officiellement lancée en mars 2025, vise les pratiques du moteur de recherche du groupe de Mountain View. L’entreprise est accusée de favoriser ses propres services dans les résultats affichés aux internautes européens. La décision de la Commission serait quasiment finalisée et pourrait être annoncée avant l’été, selon le journal allemand.

Une expérience de « second ordre »

Si elle est confirmée, cette sanction constituerait la plus importante jamais prononcée dans le cadre du DMA, le règlement européen adopté en 2022 par l’UE et entré en vigueur en mars 2024 pour limiter la domination des grandes plateformes technologiques sur le marché numérique.

Interrogée par Reuters, la Commission européenne n’a pas confirmé le montant évoqué mais a rappelé que son objectif principal restait « d’assurer la conformité » plutôt que d’imposer des sanctions. « Même avec nos négociations sur les solutions futures, nous n’hésiterons pas à passer aux étapes suivantes dès que possible », rappelle toutefois Thomas Regnier, son porte-parole.

Google, de son côté, conteste les effets des nouvelles règles européennes sur son moteur de recherche. L’entreprise estime que les modifications déjà mises en place au titre du DMA ont fortement dégradé l’expérience utilisateur en Europe.

« Les changements que nous avons déjà apportés à la recherche sous le DMA représentent la plus grande rétrogradation de l’histoire du produit », affirme un porte-parole du groupe, dénonçant « une expérience de second ordre pour les Européens au profit de quelques plaignants égoïstes ».

Des discussions tendues, des enjeux majeurs

Ces derniers mois, Bruxelles et Google ont multiplié les échanges afin de trouver des ajustements jugés compatibles avec les règles européennes de concurrence. Début mai, la Commission avait accordé un délai supplémentaire à l’entreprise américaine après avoir jugé insuffisantes certaines propositions de mise en conformité.

Le dossier est particulièrement sensible pour Bruxelles, qui cherche à faire du DMA un outil central de sa politique numérique. Les autorités européennes espèrent ainsi mettre fin aux abus de position dominante des géants technologiques. Le texte prévoit des sanctions pouvant atteindre 10% du chiffre d’affaires mondial d’une entreprise, voire 20% en cas de récidive.

Bruxelles a déjà commencé à utiliser ce nouvel arsenal contre plusieurs géants américains. En avril 2025, Apple a ainsi été condamné à 500 millions d’euros d’amende pour avoir empêché les développeurs d’applications d’informer librement les utilisateurs sur des offres de paiement alternatives en dehors de l’App Store. Le même mois, Meta a écopé d’une sanction de 200 millions d’euros pour son modèle “consentir ou payer”, jugé contraire aux exigences européennes sur le consentement des utilisateurs et l’exploitation des données personnelles.



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