Le 10 mai 2001, le Parlement français a adopté à l’unanimité une loi qualifiant la traite et l’esclavage de crimes contre l’humanité, établissant ainsi une première mondiale. Vingt-cinq ans plus tard, revenir sur l’histoire de cette loi permet d’identifier en quoi elle a constitué une rupture majeure et pourquoi elle demeure pertinente aujourd’hui.
Depuis l’abolition définitive de l’esclavage, le 27 avril 1848, décidée par la IIe République et signée par Victor Schœlcher [l’homme politique à l’origine du décret, 1804-1893], une narration résolument abolitionniste s’est imposée. La traite organisée par la France depuis le XVIIe siècle, de même que l’esclavage dans les colonies américaines et de l’océan Indien, a été frappée d’un devoir d’oubli imposé aux anciens esclaves désormais affranchis.
Cette perspective abolitionniste s’est matérialisée par l’édification de statues à la mémoire de Schœlcher et son entrée au Panthéon, le 20 mai 1949, et perdure jusqu’à la fin du XXe siècle. À l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition en 1998, l’exécutif maintient cette orientation avec le slogan officiel « Tous nés en 1848 ». Le président Jacques Chirac [1932-2019] rend hommage à Victor Schœlcher le 23 avril 1998, tandis que le Premier ministre Lionel Jospin [1937-2026] se rend, trois jours plus tard, à Champagney pour saluer la mémoire des habitants de cette commune de Haute-Saône qui, en 1789, avaient réclamé l’abolition de l’esclavage dans leur cahier de doléances.
Cependant, l’exécutif semble en décalage avec un mouvement qui s’affirme publiquement lors de cette année de commémoration. Sa rhétorique abolitionniste est critiquée par des ultramarins ou des personnes issues de l’outre-mer vivant en métropole, qui y voient une occultation des souffrances causées par la traite et l’esclavage. En janvier 1998, un comité réunissant une centaine d’associations se constitue pour organiser une commémoration unitaire du cent-cinquantenaire de l’abolition des Nègres dans les colonies françaises. L’affirmation d’une identité de « descendants d’esclaves » s’exprime alors fortement dans les revendications. Le 13 mars, un manifeste est signé par [les écrivains et militants] Edouard Glissant [1928-2011] et Patrick Chamoiseau, réclamant que la traite et l’esclavage soient reconnus comme des crimes contre l’humanité. Début avril, un colloque en Martinique réunit juristes, historiens, acteurs associatifs et politiques, parmi lesquels Christiane Taubira, et place la question des réparations au cœur des débats.
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