Les 122 passagers et membres d’équipage de 23 nationalités à bord du MV Hondius peuvent enfin regagner leur pays. Durant cette croisière qui a tourné au drame, sept individus, dont une ressortissante française, ont contracté l’hantavirus, selon le dernier bilan rendu public lundi 11 mai par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Leur retour a été orchestré sous une vigilance extrême, alors même que trois passagers ont déjà perdu la vie à cause du virus. « Nous appliquons les mesures les plus sévères en vigueur en Europe », a déclaré Stéphanie Rist, ministre française de la Santé, dimanche sur France Info. De son côté, Mark Butler, ministre australien de la Santé, a affirmé que le protocole d’isolement australien destiné aux ex-passagers du Hondius « compte parmi les plus stricts au monde ».
« Ce n’est pas le Covid-19 »
Des propos similaires ont été tenus au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Seuls les États-Unis ont adopté une position sensiblement différente. « Ce n’est pas le Covid-19 », a souligné sur CNN Jay Bhattacharya, directeur par intérim des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), alors que Washington assurait le rapatriement des 17 Américains présents sur le Hondius.
L’un d’eux a été diagnostiqué positif à la souche andine de l’hantavirus, « la seule, à notre connaissance, qui semble se transmettre d’humain à humain », précise Piet Maes, virologue à l’université de Bruxelles et président de la Société internationale des hantavirus.
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Jay Bhattacharya, figure contestée pour son opposition aux politiques sanitaires pendant la pandémie de Covid-19, n’est pas le seul à évoquer un parallèle avec la récente crise du coronavirus. « Nous ne sommes pas face à un nouveau Covid-19, et le risque associé à l’hantavirus reste moindre », a déclaré samedi Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Cela n’a toutefois pas empêché l’OMS de recommander la mise en place de protocoles très stricts pour le suivi des passagers du Hondius. L’organisation a ainsi préconisé une « surveillance attentive et un suivi rapproché de toutes les personnes débarquant du navire pendant une durée de 42 jours ».
Principe de précaution à l’européenne
Concrètement, dans la plupart des pays concernés, et plus particulièrement en Europe, la prise en charge s’est faite de façon très encadrée dès l’arrivée à Tenerife, point de débarquement des voyageurs.
Les cinq ressortissants français ont été placés en isolement « jusqu’à nouvel ordre » à l’hôpital Bichat, « dans des chambres spécialement conçues, avec des systèmes de flux d’air pour éviter toute propagation », sous la surveillance de professionnels de santé « formés pour la prise en charge de patients contagieux », a détaillé Stéphanie Rist.
Au Royaume-Uni, les vingt rapatriés ont rejoint un centre d’isolement réparti sur six étages, doté d’appartements indépendants comprenant chambre, salle de bain, cuisine et salon. Ils y seront soumis pendant 72 heures à des tests destinés à évaluer leur exposition au virus.
Après cette phase initiale, ils devront observer une période d’isolement de 42 jours, comme l’a recommandé l’OMS. Cette période couvre la fenêtre d’incubation maximale observée. « La maladie apparaît généralement dans les deux semaines suivant la contamination, mais certains cas se sont déclarés jusqu’à six semaines plus tard », explique Paul Hunter, épidémiologiste et professeur de médecine à l’université d’East Anglia, à Norwich.
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Certains États ont anticipé ce scénario d’isolement jusque dans ses moindres aspects, s’appuyant sur l’expérience de la crise Covid-19. Ainsi, les passagers néerlandais « seront conduits en minivan jusqu’à leur domicile, où ils effectueront leur isolement », a indiqué une porte-parole de l’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement (RIVM) jointe par France 24.
Aux Pays-Bas, les 42 jours débutent à compter du 6 mai, date à laquelle les premiers passagers infectés par la souche andine ont quitté le navire, comme l’a indiqué la porte-parole du RIVM. « Habituellement, la période de six semaines pendant laquelle un individu exposé au virus peut présenter des symptômes commence à partir du dernier contact avec un cas confirmé », précise Paul Hunter.
Les Néerlandais concernés ont uniquement le droit « d’effectuer de brèves sorties à l’extérieur, à condition de maintenir une distance d’au moins un mètre et demi avec autrui et de porter un masque », rapporte la porte-parole du RIVM. Ils doivent également maintenir un contact quotidien avec les autorités sanitaires, une mesure adoptée également par d’autres pays européens.
Un principe de précaution au rabais aux États-Unis
Le protocole strict mis en œuvre en Europe contraste nettement avec celui appliqué outre-Atlantique. Après une période d’observation dans un établissement du Nebraska spécialement équipé pour traiter des maladies hautement dangereuses comme Ebola, les personnes testées négatives pourront regagner leur domicile.
Ils devront communiquer quotidiennement avec les autorités sanitaires locales, mais aucune quarantaine obligatoire ne leur sera imposée. « Nous pourrions recommander de restreindre ou d’ajuster certaines activités impliquant des contacts prolongés », a indiqué un porte-parole des CDC à CNN.
Ce niveau de réponse à l’hantavirus correspond au degré d’alerte le plus bas de la grille sanitaire américaine, précise la chaîne d’information continue. L’OMS considère en effet que le risque pour la population générale reste « faible », compte tenu de la faible transmissibilité du virus – sauf en cas de contacts étroits et prolongés.
« Il ne s’agit pas de déployer tout l’arsenal sanitaire mobilisé pour le Covid-19. Toutefois, l’hantavirus des Andes suscite encore trop d’incertitudes pour renoncer au principe de précaution », analyse Piet Maes.
Ce virus « présente néanmoins un taux de mortalité d’environ 30 % », souligne l’expert. L’isolement vise également à mieux protéger les anciens passagers du Hondius, en permettant une intervention rapide. « Il s’agit d’une infection capable de faire basculer une personne en bonne santé dans un état critique en seulement trois ou quatre jours », avertit Piet Maes.
Il existe aussi le risque permanent d’une mutation du virus, « bien qu’à ce jour, rien n’indique l’émergence d’une souche plus transmissible, par exemple », rappelle Paul Hunter. « Si ce dispositif d’isolement suffit à prévenir ne serait-ce qu’un seul décès supplémentaire, cela en vaut la peine, n’est-ce pas ? », conclut Piet Maes.
