Le livre de coloriage accompagné de gommettes est proposé à 5,9 shekels (1,7 euro) dans les magasins Max Stock, l’équivalent israélien de la chaîne Action en France, ces enseignes de discount très fréquentées par la classe moyenne d’Israël. Les enfants sont invités à placer des autocollants représentant des oliviers ou des orangers. Dès l’ouverture du carnet, une page est dédiée à l’apposition de drapeaux israéliens. Un détail important s’y glisse : la carte, destinée aux enfants de 3 à 5 ans, ne fait apparaître ni la Cisjordanie occupée ni Gaza, présentées comme faisant partie intégrante de l’État d’Israël. Du Jourdain, à l’est, à la Méditerranée, à l’ouest, une seule entité figure sur la carte : Israël.
Ce fait pourrait sembler anodin. Il n’en est rien. Deux ans et demi après l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 orchestrée par le Hamas, la société israélienne reste profondément marquée, ancrée dans une logique de confrontation et un élan patriotique inédit, visible aussi bien dans les fournitures scolaires que dans la profusion de drapeaux à travers tout le pays. Cela se reflète également dans le débat public. La campagne électorale, désormais lancée en vue de l’élection de la Knesset prévue en octobre – mais qui pourrait avoir lieu dès la fin août, selon un projet de loi de dissolution soumis par le premier ministre, Benyamin Nétanyahou – s’inscrit pleinement dans cette ambiance. Le sujet sans doute le plus crucial, celui de la paix et de ses modalités, demeure absent : comment envisager la coexistence future avec les voisins palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, ainsi qu’avec les citoyens arabes d’Haïfa, de Jaffa ou de Nazareth ?
L’échéance électorale est fréquemment décrite comme la plus décisive de l’histoire d’Israël. À ce stade cependant, elle prend d’abord la forme d’un affrontement entre partisans et opposants à Nétanyahou. L’opposition s’est engouffrée dans le rejet du chef du gouvernement actuel, à la tête depuis fin 2022 d’une alliance de droite nationaliste et d’extrême droite religieuse. À 76 ans, le dirigeant concentre en effet, pour une partie de la population, de lourdes accusations : multiples affaires de corruption ; atteintes répétées à l’État de droit ; décisions politiques ayant mené à la débâcle sécuritaire du 7 octobre 2023 ; isolement international grandissant ; conflits armés sans issue apparente.
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