Après avoir passé 37 jours derrière les barreaux en raison d’un « mème » sur Donald Trump, un policier retraité du Tennessee a obtenu un dédommagement de 835 000 dollars. Cette affaire, qui découle de la diffusion d’une image humoristique devenue virale en ligne, est qualifiée « d’absurde » par plusieurs organisations américaines engagées dans la défense des libertés civiles.
Trente-sept jours de détention pour avoir partagé une image du président américain sur internet. C’est ce qu’a vécu Larry Bushart, ancien officier de police du Tennessee, qui a été incarcéré après avoir publié un « mème » mettant en scène Donald Trump sur Facebook. Après avoir poursuivi le comté et le shérif pour incarcération abusive destinée à le censurer, il a obtenu mercredi un accord à hauteur de 835 000 dollars.
« Je suis heureux que mes droits constitutionnels aient été défendus », a déclaré Larry Bushart. « La liberté d’expression est un pilier fondamental de la démocratie. Je me réjouis de pouvoir passer à autre chose et de retrouver mes proches. »
Son arrestation a fait suite à la publication sur Facebook d’un mème, qu’il n’avait ni conçu ni altéré, reprenant mot pour mot des déclarations de Donald Trump : « Il faut passer à autre chose », à propos de la fusillade qui s’est produite au lycée Perry dans l’Iowa.
Bushart avait diffusé cette image dans un fil Facebook annonçant une veillée en mémoire de Charlie Kirk dans le comté de Perry, Tennessee, après l’assassinat de l’influenceur d’extrême droite. Nick Weems, le shérif du comté, aurait été heurté par cette publication et se serait servi de la confusion entre le lycée Perry de l’Iowa (situé à plus de 800 kilomètres) et l’établissement local pour délivrer un mandat d’arrêt à l’encontre de Bushart.
Une condamnation jugée « absurde »
« Sur la base d’une interprétation absurde selon laquelle le mème pouvait être perçu comme une menace » de fusillade, selon la Fondation pour les droits individuels et la liberté d’expression (FIRE). L’intention aurait été de contraindre Bushart à retirer sa publication, ce qu’il a refusé de faire.
La vidéo de son interpellation montre Larry Bushart assurant n’avoir jamais formulé la moindre menace, tandis que certains policiers semblaient eux-mêmes déconcertés par la situation. Dans un extrait relayé par The Intercept, il échange même quelques rires avec un agent au sujet du caractère surréaliste de son arrestation.
Le média américain rapporte également un dialogue plutôt insolite entre Bushart et les agents qui le questionnent. « Pour être précis, vous êtes accusé de menaces de violence de masse dans un établissement scolaire », explique un officier de la police du comté de Perry à Bushart.
« Dans une école ? », s’interroge Bushart. « Je n’en sais rien », répond l’agent en riant. « Je dois simplement faire ce qu’on me demande. » Bushart conclut alors sur le ton de l’humour : « J’étais déjà en prison sur Facebook, mais maintenant, j’y suis pour de vrai », partageant un éclat de rire avec le policier.
Pour Cary Davis, avocat de la FIRE (Foundation for Individual Rights and Expression), contacté par Ars Technica, « quand les autorités enfreignent ce devoir, la Constitution est là pour les rappeler à l’ordre ». Il poursuit : « Nous espérons que l’accord passé avec Larry adressera un avertissement clair à toutes les forces de l’ordre du pays : respectez le Premier Amendement aujourd’hui, sinon préparez-vous à en assumer les conséquences demain. »
