«On n’a pas toujours la chance de jouer devant ce public» : Roland-Garros, c’est (déjà) parti


REPORTAGE – Plébiscité par le public depuis plusieurs saisons, le début des qualifications du Grand Chelem parisien a déjà offert son lot de suspense et de moments forts ce lundi. Le ton est donné.

Depuis peu, Roland-Garros connaît un véritable engouement avec son événement «l’Opening Week», dédié aux phases qualificatives du tournoi. Cette semaine d’ouverture ne s’est pas encore tournée vers les matches en soirée. Toutefois, en raison des averses qui se sont abattues en fin de matinée et au début de l’après-midi, le programme de ce lundi 18 mai a été décalé, incitant un public curieux à prolonger l’expérience jusque dans la soirée, sous un ciel enfin dégagé. Il faut dire que, muni d’un billet (environ 29 euros la journée, 15 euros pour les moins de 15 ans), il est facile de naviguer entre les courts secondaires et le Suzanne-Lenglen, tout en s’offrant une pause shopping ou une glace, pour profiter pleinement de la journée.

Alors que le court Philippe-Chatrier sert de base d’entraînement aux têtes d’affiche, le deuxième plus grand court de Roland-Garros accueille, depuis 2024, les affrontements de 256 participants (128 hommes et 128 femmes) situés au-delà de la 100e place mondiale, qui ne sont donc pas qualifiés d’office. L’ambiance y est tout aussi électrique que celle attendue la semaine suivante, lorsque Jannik Sinner, Novak Djokovic, Aryna Sabalenka et d’autres grands noms feront leur apparition sur les courts.


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Ambiance et larmes de joie

Quart de finaliste en 2016, mais aujourd’hui classé 247e mondial et invité à participer aux qualifications, le Belge David Goffin a savouré «une ambiance incroyable dans un stade rempli» après sa victoire inaugurale face au Taïwanais Chun-hsin Tseng. «C’est énormément de choses pour moi, je ne m’attendais pas à un tel accueil. C’est un véritable privilège de pouvoir rejouer ici. Depuis l’annonce de ma dernière saison, c’est la première fois que je craque, je vous assure, c’est la première fois», a lâché, très ému, le joueur de 35 ans, bouleversé par l’ovation reçue sur un Suzanne-Lenglen bondé.

Quelques heures plus tard, cette même enceinte résonnait tout autant, sinon plus, pour encourager Ugo Blanchet, engagé dans un troisième set décisif contre l’Américain Charles Broom. Deuxième Français le mieux classé à l’ATP hors du top 100 et non détenteur d’une «wild-card», le 160e mondial a renversé la situation pour s’imposer en trois sets après avoir effacé trois balles de match lors du tie-break du deuxième set. Un scénario haletant comme on les apprécie. «J’essaie de savourer l’instant. On n’a pas souvent l’opportunité de jouer ici à Roland-Garros, devant un tel public, a réagi le Français, chaleureusement applaudi. Évidemment, évoluer sur ce court (Suzanne-Lenglen) est un atout majeur, les conditions auraient été totalement différentes ailleurs. Merci infiniment pour vos encouragements.»

Ugo Blanchet et Océane Dodin assurent le spectacle

Jusqu’à vendredi, près de 20 000 spectateurs quotidiens selon l’organisation donneront de la voix en scandant «Ugo, Ugo, Ugo !» ou tout autre prénom d’un(e) Français(e) qu’ils découvrent parfois pour la première fois sur le court. C’est toute la magie de Roland-Garros, et en particulier celle des qualifications, où des joueurs de haut niveau, moins exposés, offrent des matches de grande qualité.

Après 22 heures, sous l’obscurité, la revenante Océane Dodin (ex 46e, aujourd’hui 519e mondiale) a magnifiquement conclu cette longue journée sur le court 6, remportant un super tie-break haletant (6-4, 2-6, 7-6). De retour après une saison blanche en 2025, elle aussi a laissé couler quelques larmes en célébrant une victoire exceptionnelle (deux balles de match sauvées, 15-13 au super tie-break) auprès du public resté jusqu’au bout. Les irréductibles continuaient d’encourager («Pousse Océane !») alors que de nombreuses familles quittaient déjà les lieux, la rentrée scolaire du mardi approchant.

Côté résultats, la délégation française a terminé la journée de lundi avec un bilan mitigé : cinq victoires – deux pour les femmes (Dodin, Monnet) et trois pour les hommes (Jade, Faurel, Blanchet) – contre dix défaites. Mardi, le programme sera plus dense avec sept Françaises attendues sur les courts, dont Kristina Mladenovic, et huit Français parmi lesquels Kyrian Jacquet et Pierre-Hughes Herbert. Du côté du Lenglen, les connaisseurs ne manqueront pas d’admirer le fameux revers du Bulgare Grigor Dimitrov, ancien membre du top 15 aujourd’hui retombé au 170e rang. Quart de finaliste il y a deux ans, celui qu’on surnommait «Baby Federer» n’a pas pour habitude de fréquenter ce niveau de la compétition. Mais qu’il se rassure : dans l’ambiance unique de la terre battue, les qualifications ressemblent de plus en plus à «l’authentique» Roland-Garros.



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