Ce mardi, les socialistes ont fait savoir qu’ils s’opposeront au choix d’Emmanuel Moulin pour prendre la direction de la Banque de France, fragilisant ainsi sa candidature. En question : le prétendu manque d’« indépendance » de cette figure clé de la macronie depuis une décennie.
« Emmanuel Moulin ne présente pas les garanties d’indépendance politique essentielles pour un gouverneur de banque centrale », a déclaré le député PS Philippe Brun dans un communiqué, le présentant comme l’« artisan principal de la politique économique gouvernementale depuis dix ans ».
Au Sénat, les socialistes n’ont pas encore arrêté de position commune, mais « une très grande majorité (d’entre eux) s’est prononcée pour un vote défavorable », selon le groupe socialiste sénatorial.
Emmanuel Moulin entendu mercredi matin
Âgé de 57 ans, Emmanuel Moulin a servi en tant que secrétaire général de l’Élysée durant un an. Avant cela, il a été directeur de cabinet de Bruno Le Maire au ministère des Finances, a dirigé le Trésor, puis a occupé le poste de directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon.
Le chef de l’État l’a proposé pour succéder à François Villeroy de Galhau à la tête de cette institution économique majeure, notamment chargée d’assurer la stabilité de la monnaie.
Cet épisode vient s’ajouter à la nomination, à la présidence du Conseil constitutionnel, d’un fidèle d’Emmanuel Macron, Richard Ferrand, ainsi qu’à celle de l’ancienne ministre de l’Économie, Amélie de Montchalin, à la tête de la Cour des comptes.
Emmanuel Moulin doit passer son audition mercredi matin devant la commission des Finances du Sénat, puis devant celle de l’Assemblée nationale. Les 121 commissaires des deux chambres voteront ensuite à bulletin secret. Si trois cinquièmes des votes exprimés s’opposent à sa nomination, celle-ci sera rejetée.
À ce stade, le résultat du vote reste incertain. Les groupes Insoumis et RN ont déjà fait savoir qu’ils s’y opposeront, laissant désormais le sort de l’ancien secrétaire général de l’Élysée entre les mains des Républicains.
Moulin face à Buffet ?
Devant la presse mardi matin, le président de la commission des Finances, Éric Coquerel (LFI), a exhorté le Parlement à « ne pas se laisser imposer ce choix » et à refuser cette nomination.
S’il ne remet pas en cause les « compétences » du haut fonctionnaire, le député de Seine-Saint-Denis a également souligné la question de son « indépendance ».
Éric Coquerel a tout particulièrement interpellé la droite sénatoriale, alors que, selon Les Échos, une rumeur fait état d’un accord possible avec l’Élysée, en contrepartie de la nomination du sénateur LR et ex-ministre François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits.
« J’ai confiance que les sénateurs LR ne valideront pas un tel accord, si on le leur a proposé », a insisté Éric Coquerel. De leur côté, les proches du président des Républicains au Sénat, Gérard Larcher, ont rejeté cette hypothèse, qualifiant la rumeur de « farfelue ».
« Moulin a mené sa campagne »
Des sources parlementaires LR reconnaissent l’existence de discussions en ce sens, mais rien ne garantit que cela suffise à obtenir les voix nécessaires. Un responsable de la droite sénatoriale estimait lundi qu’il était « probable » que « plusieurs » sénateurs Républicains s’opposent malgré tout à cette désignation.
Sous anonymat, un dirigeant socialiste a jugé possible d’atteindre le seuil des trois cinquièmes, tablant sur un rejet par la droite sénatoriale, dont l’ancien président Bruno Retailleau s’est régulièrement démarqué du camp présidentiel.
Un revers pour Emmanuel Moulin serait un coup dur pour le président de la République, dont on accuse le camp de verrouiller des institutions majeures alors que la fin de son mandat approche et qu’une alternance à l’Élysée avec le Rassemblement national devient possible.
Pourtant, selon un proche d’Emmanuel Macron, « (Emmanuel) Moulin a mené sa campagne » et « paraît confiant ».
En février 2025, la nomination de Richard Ferrand avait échoué de justesse au Parlement, à une voix près.
