Concurrencé par la Chine qui domine l’intelligence artificielle en libre accès, Meta a relancé lundi 10 août ses modèles ouverts, un choix que Mark Zuckerberg a érigé en doctrine pour se démarquer de ses rivaux américains: selon lui, la diffusion libre de cette technologie serait le meilleur rempart contre ses dangers.
Dans un manifeste enthousiaste d’environ 6 500 mots, le patron de Facebook, Instagram et WhatsApp plaide, sans les nommer, contre ses concurrents OpenAI et Anthropic, qui gardent leurs modèles les plus puissants sous contrôle exclusif. Et contre les autorités américaines et européennes qui entendent les tenir en laisse.
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Nombre d’acteurs du secteur promettent de bâtir une IA dépassant les capacités humaines en la gardant sous contrôle exclusif, le temps de la rendre sûre. Une vision « fondamentalement erronée », estime Mark Zuckerberg. « Il n’existe pas de superintelligence unique et bienveillante », écrit-il, car aucune ne peut satisfaire en même temps les valeurs contradictoires de milliards d’humains. Garder ces modèles sous clé constituerait donc « le scénario le plus dangereux », « quelle que soit la manière dont les entreprises le justifient au nom de la responsabilité et de la sécurité ».
Meta réclame la confiance du public à un moment délicat
Distancé dans la course aux modèles de pointe, Meta renoue donc avec l’approche ouverte dont il fut le champion avec ses modèles Llama, avant d’y renoncer fin 2025, après des résultats décevants. Le groupe, qui investit jusqu’à 145 milliards de dollars cette année dans ses infrastructures d’IA, bataille contre toute régulation susceptible de le ralentir.
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Mais le patron de Meta, dont la quasi-totalité des revenus provient de la publicité regardée par ses quelque 3,6 milliards d’utilisateurs, réclame la confiance du public à un moment délicat : condamné deux fois cette année pour les effets nocifs de ses réseaux sociaux sur les jeunes, le groupe affronte dès mercredi à Oakland (Californie) un procès intenté par quatre États américains, qui l’accusent d’avoir rendu Instagram et Facebook addictifs pour les mineurs.
Reconnaissant les risques de détournement de l’IA pour élaborer des cyberattaques ou des armes biologiques, le fondateur de Facebook propose que les concepteurs donnent au gouvernement américain un accès anticipé à leurs modèles pendant leur entraînement. En échange, aucune règle ne devrait, selon lui, retarder la sortie des modèles américains, « ne serait-ce que d’un mois », sous peine de céder du terrain à la Chine.
Supervision volontaire
Cette supervision volontaire, sans blocage, prend le contre-pied de la loi européenne sur l’IA (« AI Act »), qui impose aux grands développeurs, depuis le 2 août, un droit de regard des régulateurs, habilités à restreindre le déploiement d’un modèle.
Concrètement, Meta a mis en ligne lundi Muse Glimmer, un modèle assez léger pour fonctionner sur un ordinateur personnel et dont les « poids » (weights), c’est-à-dire les paramètres internes qui déterminent son comportement, peuvent être téléchargés et modifiés. Seules les données d’entraînement restent secrètes.
À l’inverse, les modèles « fermés », ceux qui font tourner ChatGPT et Claude, sont accessibles uniquement via les services en ligne de leurs propriétaires. Une version « aux poids ouverts » de Muse Spark 1.2, le modèle le plus performant de Meta, doit suivre « bientôt ».
Depuis 2025, les acteurs chinois, DeepSeek et Alibaba (Qwen) en tête, se sont imposés sur ce terrain des modèles ouverts, délaissés par les Américains.
Mark Zuckerberg balaie les discours « remplis de catastrophisme »
Mark Zuckerberg balaie au passage les discours « remplis de catastrophisme » de l’industrie et assure que l’IA créera à terme plus d’emplois qu’elle n’en détruira.
Face à la méfiance des Américains envers l’IA, Mark Zuckerberg promet de confier à son conseil d’administration le pouvoir d’approuver les critères de sécurité conditionnant la sortie de ses modèles, une première pour ce groupe qu’il contrôle étroitement. « Je ne pense pas qu’il soit dans mon intérêt, celui de Meta ou celui du monde, que moi-même ou quiconque décide seul du déploiement de la superintelligence », écrit-il.
Le groupe a aussi précisé à l’AFP lancer un fonds d’un milliard de dollars destiné aux communes accueillant ses centres de données, dont la multiplication suscite une opposition croissante aux États-Unis.
Sa vision prend le contre-pied de centaines de scientifiques et personnalités, dont les pionniers de l’IA Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, qui réclamaient en octobre l’interdiction de développer toute « superintelligence » tant qu’il n’existe pas de consensus sur les moyens de la contrôler.
Avec AFP
