Liban : pourquoi Israël veut prendre Ali Taher, colline au cœur de l’affrontement avec le Hezbollah


À première vue, Ali Taher n’est qu’une colline parmi d’autres dans le relief accidenté du Sud-Liban. Située au nord du fleuve Litani, elle s’élève à environ 700 mètres d’altitude. Mais sa position lui confère une importance stratégique : depuis ses hauteurs, elle domine le château de Beaufort, la vallée du Litani, la région de Nabatiyé – l’une des principales villes du sud du Liban – et, plus au nord, les hauteurs de Jezzine.

Surtout, selon l’armée israélienne, Ali Taher abrite une infrastructure militaire souterraine et un réseau de tunnels du Hezbollah. Plus précisément, un important quartier général du mouvement pro-iranien dans le Sud.

L’armée israélienne le décrit comme un complexe comprenant des installations de commandement, des dépôts d’armes ainsi que des capacités de stockage de missiles et de drones.


Ali Taher, une colline stratégique du Sud-Liban. © France 24

Plusieurs médias israéliens et sources sécuritaires libanaises indiquent que des dizaines de membres du Hezbollah et des hauts gradés des Gardiens de la révolution iraniens sont retranchés dans les tunnels. Certains évoquent une quarantaine de combattants encerclés dans le complexe, tandis que d’autres avancent le chiffre d’une trentaine.

Des sources israéliennes citées par les médias locaux avancent l’hypothèse que le tunnel baptisé « Imad 4 », que le Hezbollah a dévoilé dans des vidéos de propagande et qui est considéré comme l’une de ses infrastructures souterraines les plus sophistiquées, pourrait se trouver à Ali Taher.

Une bataille sous la montagne

C’est après avoir pris, fin mai, le contrôle du château de Beaufort, situé dans le même secteur qu’Ali Taher, que les forces israéliennes se sont tournées vers ce nouvel objectif. La colline est depuis plusieurs mois la cible de bombardements intensifs et fait désormais l’objet d’un siège destiné à priver les combattants du Hezbollah qui y sont retranchés de vivres et de renforts. Et à terme de les contraindre à se rendre.

L’armée israélienne a tenté plusieurs fois de progresser vers les hauteurs, mais elle s’est heurtée à une forte résistance du Hezbollah. Le 19 juin, quatre de ses soldats, dont le commandant d’un bataillon blindé, ont été tués lors d’une tentative de progression sur le versant nord d’Ali Taher, selon le journal Haaretz et le Hezbollah, qui a revendiqué l’embuscade. D’autres soldats ont depuis été blessés dans des attaques visant les forces israéliennes opérant autour de la colline.

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Située au-delà de la « ligne jaune », qui marque les positions occupées par Israël dans le Sud-Liban, Ali Taher constitue l’une des premières lignes de défense de Nabatiyé et de son arrière-pays pour le Hezbollah. Sa perte permettrait à Israël d’étendre sa surveillance à une vaste partie du territoire situé au nord du Litani et aux axes de ravitaillement du mouvement chiite. 

Après la perte du château de Beaufort, qui avait déjà marqué un tournant symbolique pour le Hezbollah, la chute d’Ali Taher fragiliserait le discours du mouvement chiite, fondé sur l’idée que seule la « Résistance » – terme par lequel il se définit – permet de protéger le territoire libanais, par opposition à la voie diplomatique.

Une voie engagée depuis avril par le président libanais Joseph Aoun et son Premier ministre Nawaf Salam, dans le cadre des négociations directes entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Des discussions qui achoppent notamment sur le retrait israélien du Sud-Liban et le désarmement du Hezbollah.

Selon Haaretz, Israël attendrait un feu vert de Washington pour lancer l’assaut final contre Ali Taher, alors que le Hezbollah refuse de se rendre. Le quotidien rapporte que l’administration Trump comprend l’importance que le gouvernement de Benjamin Netanyahu accorde à cette opération et serait prête à lui donner son feu vert, à condition qu’elle reste limitée et ne compromette pas les négociations en cours entre Israël et le Liban.

Washington souhaiterait éviter une réaction du Hezbollah susceptible de relancer la guerre et, plus largement, de compromettre ses efforts pour parvenir à un accord avec l’Iran, principal soutien du mouvement chiite. 

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C’est dans cette perspective que les Américains ont tenté, selon L’Orient-Le-Jour, de convaincre des responsables libanais d’amener le Hezbollah à céder Ali Taher à l’armée libanaise, en échange de garanties israéliennes de ne pas pénétrer dans le complexe souterrain. Une perspective que refuse Benjamin Netanyahu, en pleine campagne électorale, au risque de laisser au parti chiite ou à ses rivaux politiques la possibilité de tirer un bénéfice politique du sort d’Ali Taher.

Toujours est-il que mercredi 26 août, l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, a tenu des propos pour le moins ambigus. « Nous attendons de voir ce qui se passera à Ali Taher dans les deux prochains jours », a-t-il déclaré. Une formule qui laisse entendre que Washington s’attend à une évolution sur le terrain très prochainement.



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