États-Unis, Mexique, Canada : trois hôtes et trois passions du foot au Mondial 2026


Le Canada, les États-Unis et le Mexique s’apprêtent à recevoir à partir du 11 juin des supporteurs venus du monde entier à l’occasion de la Coupe du monde. Les trois pays coorganisent l’édition 2026 du plus grand événement de football de la planète. Même si ces trois nations œuvrent ensemble pour faire de cette compétition un succès, elles ne portent pas du tout le même regard sur le ballon rond.

Mexique : la passion du foot

Un supporter mexicain assiste à un match amical international de football entre le Mexique et l’Australie, le samedi 30 mai 2026, à Pasadena, en Californie. AP Photo/Kyusung Gong – Kyusung Gong

Au Mexique, football rime avec passion. Avec le Mondial 2026, le pays deveniendra le premier dans l’histoire à accueillir trois phases de Coupe du monde. La compétition s’y est déjà déroulée en 1970 et 1986 lors de deux éditions historiques qui avaient couronné le Brésil et l’Argentine.

« C’est un grand pays du football où il y a énormément de fans », souligne ainsi Thomas Goubin, correspondant au Mexique et en Amérique latine pendant dix ans. « La passion pour le football a vraiment commencé à prendre dans l’après-Première Guerre mondiale, avec des immigrants, écossais, mais aussi espagnols », ajoute ce journaliste qui collabore notamment pour L’Équipe et So Foot.

À lire aussiNarcos, politique de Trump, épidémie de rougeole : faut-il annuler le Mondial de football ?

Créée en 1923, l’équipe mexicaine est une habituée du Mondial auquel elle a déjà participé à 17 reprises, atteignant à deux reprises les quarts de finale à domicile en 1970 et 1986.

À 40 ans, le gardien de but Guillermo « Memo » Ochoa, monument footballistique national, va conduire cette année encore la sélection. L’équipe nationale « El tricolor » ouvrira la compétition lors du match d’ouverture au stade Azteca de Mexico contre l’Afrique du Sud. Lors de la phase de poules, elle va pouvoir compter sur la ferveur des supporters. « C’est un pays où il y a une ambiance assez festive dans les tribunes, mais aussi beaucoup plus familiale qu’en Argentine ou au Brésil. Ce sont des familles entières qui viennent », décrit Thomas Goubin. « Les grands clubs du Mexique peuvent remplir facilement des stades de 50 000, voire de 80 000 places. »

Mais à l’approche de la Coupe du monde, des critiques se sont fait entendre dans le pays. Plusieurs collectifs citoyens et des associations ont dénoncé une compétition qu’ils jugent déconnectée des réalités sociales. « Ils se plaignent du fait que l’État va investir dans le football plutôt que dans les problèmes cruciaux pour la population, comme la sécurité, l’accès à l’eau ou la gentrification qui a fait des gros dégâts dans la capitale », explique le spécialiste du football mexicain. Des manifestants se sont également réunis à Mexico pour dénoncer le prix prohibitif des billets « qui seront réservés à l’élite économique locale », estime Thomas Goubin.

À lire aussiMondial 2026 : face à la menace des cartels, le Mexique muscle sa sécurité

Malgré la menace que font peser les cartels, ou encore une importante épidémie de rougeole, le journaliste constate que le Mondial va être « une grande fête dans le pays ». « Il y a un gros enthousiasme. Le tableau a été conçu pour que le Mexique joue jusqu’en 8es de finale à domicile. S’ils vont plus loin, ce qui serait une réussite vu l’état de la sélection actuelle, ils joueront encore sur leur sol ou aux États-Unis, où les stades sont entièrement mexicains », ajoute Thomas Goubin.

« En tout cas, ils auront un avantage par rapport à leurs adversaires : celui de jouer à la maison et en altitude. Cela peut être dur de s’habituer à ces conditions particulières. » Il y a quatre ans, au Qatar, « La Tri » n’avait pas réussi à s’extirper de la phase de groupes. Cette année, elle a l’occasion de le faire dans un groupe ouvert face à l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la République tchèque.

États-Unis : un sport qui gagne du terrain

Des supporters célèbrent l’annonce de la composition de l’équipe nationale masculine de football des États-Unis, le mardi 26 mai 2026 à New York, avant le tournoi de la Coupe du monde de football de la FIFA. AP Photo/Eduardo Munoz Alvarez – Eduardo Munoz Alvarez

Aux États-Unis, le sport est une religion, mais le football, appelé « soccer », ne fait pas partie des disciplines les plus populaires. C’est le football américain qui règne en maître, suivi par le basket.

« Mais le football gagne du terrain sur le baseball et devance largement le hockey », note le journaliste Steven Goff, qui a couvert 14 Mondiaux (hommes et femmes confondus) pour le Washington Post. « Il connait une croissance rapide et s’est forgé une place de choix dans la culture et la société américaine », insiste ce spécialiste qui travaille désormais pour Yahoo Sports.

À lire aussiMondial 2026 : pour Trump, « c’est au monde de s’adapter aux États-Unis et pas l’inverse »

Vu de France, le football aux États-Unis se résume très souvent à la sélection féminine, quadruple championne du monde et quintuple championne olympique. Mais comme le souligne Steven Goff, ce sport n’est pas réservé aux femmes dans son pays : « L’équipe masculine a participé à toutes les Coupes du monde depuis 1990, à l’exception de 2018, et bénéficie d’une base de supporters fidèle et croissante, notamment pour la Coupe du monde et les autres grands tournois. L’équipe féminine jouit d’une grande popularité depuis des décennies grâce à ses nombreux succès, mais il est difficile de comparer les équipes masculines et féminines. »

Preuve de cette popularité croissante, le championnat, la Major League Soccer (MLS), compte désormais 30 équipes et de nombreux nouveaux stades qui, pour certains, vont recevoir des matches du Mondial. La MLS, créée un an avant la Coupe du monde 1994 disputée aux États-Unis, a longtemps végété avant de connaître un essor il y a une dizaine d’années grâce à l’arrivée de joueurs célèbres (David Beckham, Zlatan Ibrahimovic, Lionel Messi en 2023).

« Il existe aussi un réseau de clubs professionnels masculins de deuxième et troisième division à travers le pays », ajoute le journaliste américain. Le championnat a attiré 11,2 millions de spectateurs en 2025, mais les fans sont plus intéressés par les prestigieux clubs européens ou, pour les communautés immigrées, notamment latino, par leur pays d’origine. « Le championnat le plus populaire ici, d’après les audiences télévisées, est la Liga MX, le championnat mexicain. Viennent ensuite la Premier League et la Ligue des champions« , décrit Steven Goff.

À lire aussiMondial 2026 : New York et le New Jersey ouvrent une enquête sur la vente de billets par la Fifa

Comme au Mexique, les critiques sur la Coupe du monde organisée aux États-Unis ne manquent pas. « De nombreuses inquiétudes subsistent quant aux coûts élevés, aux conditions météorologiques, aux transports et à la sécurité. On craint également que la Fifa n’ait surdimensionné le tournoi avec un nombre excessif d’équipes, de matchs et de pays hôtes », résume le spécialiste de soccer.

Malgré ces points de tension, Steven Goff s’attend lui aussi à une belle fête : « L’effervescence est palpable dans les villes hôtes de la Coupe du Monde. Sans doute bien moindre dans les autres villes, mais une fois le tournoi lancé, les gens du monde entier s’y intéresseront de plus près. »

À lire aussiLes équipes nationales arrivent en Amérique du Nord pour le Mondial-2026

Canada : le foot concurrence le hockey, sport roi

Des supporters bravent la pluie pour assister au match amical international de soccer du Canada contre l’Ouzbékistan durant la première mi-temps à Edmonton, en Alberta, le lundi 1er juin 2026. CODIE MCLACHLAN/The Canadian Pre – CODIE MCLACHLAN

Le Canada n’est pratiquement associé qu’à un seul sport : le hockey, où il a été inventé au XIXᵉ siècle. Cette discipline est un ciment de l’identité de cette jeune nation nord-américaine. « Le hockey demeure le sport le plus médiatisé, le plus suivi par la population. Ici, à Montréal, le parcours du Canadien en éliminatoires de la LNH a déchaîné les passions, et environ 20 000 personnes viennent d’assister au défilé des championnes de la Victoire de Montréal en hockey féminin. C’est quasiment impensable qu’une équipe de soccer suscite le même genre de réaction », décrit le journaliste québécois Olivier Tremblay de la rédaction de Radio-Canada.

Pourtant, le football y est de plus en plus populaire. Il est désormais le sport le plus pratiqué chez les jeunes Canadiens. Tous âges confondus, l’Association canadienne de soccer estime que près d’un million de personnes y jouent régulièrement. Pour Olivier Tremblay, cela s’explique par son accessibilité : « Cela coûte épouvantablement cher de jouer au hockey, et les débouchés vers l’élite en soccer sont bien plus nombreux qu’auparavant. »

À l’approche du Mondial, cet engouement se ressent aussi dans les médias. « Le soccer n’est plus le sport presque marginalisé qu’il a autrefois été », note le membre du service des sports de Radio-Canada. « Le Canada a dévoilé son effectif pour la Coupe du monde masculine avec une émission de 60 minutes, à heure de grande écoute, un vendredi soir, sur le réseau sportif anglophone le mieux établi du paysage télévisuel. C’est déjà un indice qu’on veut offrir au sport une meilleure vitrine avec la Coupe du monde. »

Comme aux États-Unis, cette passion grandissante est aussi portée par la population immigrée. « L’équipe canadienne masculine [et féminine] est multiculturelle et représente des gens de tous les horizons. C’est facile pour n’importe quel Canadien, peu importe son origine, d’y trouver quelqu’un à qui s’identifier », observe ainsi Olivier Tremblay. À contrario, le hockey reste le sport le moins diversifié en Amérique du Nord. En 2022, une enquête de la Ligue nord-américaine (LNH) avait montré que 83,6 % de ses employés et des joueurs étaient blancs.

Les bons résultats de la sélection nationale de football sont aussi pour beaucoup pour cet engouement. Lors de la première participation des « Canucks » à la Copa America en 2024, ils ont terminé à la quatrième place. Près de trois millions de personnes en moyenne ont alors regardé la demi-finale du Canada perdue contre l’Argentine.

Lors de ce mondial, où l’équipe a été qualifiée d’office, les Rouges ont aussi un coup à jouer. Lors de leurs deux précédentes participations en 1986 et 2022, ils n’ont remporté aucun match ni inscrit le moindre point. Depuis, ils ont enchaîné les bons résultats et sont entrés dans le top 30 du classement Fifa. Leur groupe B en Coupe du monde s’avère plutôt abordable avec la Bosnie-Herzégovine, le Qatar et la Suisse.

Les trois pays hôtes abordent donc la compétition avec leur histoire, où le foot n’occupe pas vraiment la même place au panthéon des passions sportives. Au Mexique, la passion du ballon rond est débridée et ancienne, au nord du Rio Grande, elle est plus récente et mesurée, mais en pleine croissance.



Source link

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici