EN CHIFFRES. L’Arcep publie son rapport 2026 sur l’état d’Internet en France, accompagné de nouvelles données sur l’interconnexion des réseaux et le déploiement de l’IPv6. Données personnelles, télécoms, sites les plus visités, empreinte environnementale… voici les grandes tendances qui façonnent le numérique des Français.
L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) a publié ce 16 juillet son rapport 2026 sur l’état d’Internet en France, accompagné de nouvelles données sur l’interconnexion des réseaux et l’adoption de l’IPv6. Alors que 94% des Français se déclarent internautes, l’Autorité dresse un bilan des évolutions du numérique et des actions engagées pour garantir un Internet ouvert, performant et durable.
Cette édition met notamment en lumière le rôle croissant de l’intelligence artificielle générative, devenue une nouvelle porte d’entrée vers les contenus et services en ligne. Si elle transforme profondément les usages et les marchés numériques, elle pose également de nouveaux défis, notamment en matière d’impact environnemental. BFM Tech revient sur les principaux points à retenir de la vie numérique des Français.
Quels sont les usages des Français?
La dépendance croissante aux usages numériques, dans le travail, la santé, l’éducation, l’information ou encore l’accès aux services publics, en fait désormais un enjeu qui dépasse largement le seul domaine technologique. La qualité, l’accessibilité et la sécurité d’Internet deviennent des questions à la fois économiques, sociales et sociétales. Dans ce contexte, l’Arcep fait de la préservation d’un Internet ouvert, accessible, sûr et durable une priorité.
- 94% des personnes utilisent internet en France en 2025, et 84% quotidiennement.
- 86% des personnes de 12 ans et plus échangent des messages via des applications mobiles (chiffre stable).
- 80% téléphonent via ces mêmes applications (+2 points en un an).
- 38% des abonnés mobiles disposent d’un forfait mensuel de plus de 100 Go (+6 points en un an).
- 18,3 Go: c’est la consommation mensuelle moyenne de données mobiles par carte SIM au 4e trimestre 2025 (+2,3 Go en un an).
L’intelligence artificielle progresse encore
Le rapport souligne également les nouveaux défis liés à l’essor de l’intelligence artificielle générative. En 2025, un Français sur deux déclarait avoir déjà utilisé un outil d’IA générative, des technologies qui transforment progressivement notre accès aux contenus, aux services et à l’information.
- 1 personne sur 2 a déjà utilisé des outils d’intelligence artificielle en 2025 (+15 points en un an), et ce chiffre monte à 85% chez les jeunes de 18 à 24 ans.
- 34% des utilisateurs d’IA générative l’utilisent au quotidien.
- 51% des utilisateurs recourent à plusieurs IA génératives.
- 64% des utilisateurs vérifient souvent, voire toujours, les informations fournies par l’IA.
- 73% des utilisateurs d’IA générative de 18 à 24 ans l’utilisent pour l’aide aux devoirs.
Principaux usages déclarés
- 73% utilisent l’IA pour chercher de l’information.
- 58% s’en servent pour la traduction et l’amélioration de texte.
- 57% se tournent vers l’IA pour la recherche de nouvelles idées.
Principales raisons d’utilisation déclarées
- 41% reconnaissent y recourir pour gagner du temps et en productivité.
- 33% sont séduits par l’ergonomie et les fonctionnalités.
Où « voyagent » les Français sur Internet ?
Le trafic Internet français reste largement concentré entre quelques grands acteurs. En 2025, Akamai (géant des réseaux de diffusion de contenus, comme Cloudflare), Netflix, Amazon, Google et Meta représentent à eux seuls 48,9% du trafic à destination des utilisateurs finaux, contre 46,9% en 2024. Du côté des fournisseurs de contenus, Netflix reste le leader du streaming vidéo avec 11,6% du trafic total, même si sa part continue de reculer depuis 2022.
Les géants du numérique poursuivent leur progression: les acteurs regroupés sous l’acronyme GAFAM représentent désormais 26,5% du trafic, contre 25% un an plus tôt. Amazon arrive en tête avec 9,8% du trafic, devant Google (8,9%) et Meta (6,7%). Côté infrastructures, Akamai conserve sa première place parmi les CDN (Content Delivery Network, ndlr) avec environ 12% du trafic, tandis que Fastly poursuit sa croissance.
- 56 Tbit/s, c’est le trafic entrant au point d’interconnexion sur les réseaux des principaux fournisseurs d’accès à internet (FAI) en France à la fin 2025 (soit une augmentation annuelle de 10,4% par rapport à l’année 2024).
- 28,1%, c’est le taux de croissance en 2025 du trafic sortant des réseaux des FAI par rapport à 2024. Il atteint 6,6 Tbit/s, ce qui contribue à réduire l’asymétrie des trafics entrant et sortant.
- 49% du trafic à destination des utilisateurs finals est représenté collectivement par le fournisseur de CDN (Akamai) et les quatre plus grands fournisseurs de contenus et d’applications (Netflix, Amazon, Google, Meta).
- 19%: proportion du trafic entrant à l’interconnexion économisée par la présence des CDN internes.
Une transition vers l’IPv6 qui s’accélère en France
Le rapport de l’Arcep accorde également une place importante à la transition vers l’IPv6. Pour rappel, l’IPv6 (Internet Protocol version 6) est la deuxième génération d’adresses IP. Elle permet d’identifier et de connecter les appareils sur Internet. Elles constituent un système d’adresses du réseau mondial, appelé à remplacer progressivement l’IPv4, dont les ressources disponibles arrivent à saturation.
Utilisé depuis 1983, l’IPv4 permet à chaque appareil connecté (ordinateur, smartphone, serveur…) de disposer d’une adresse unique pour communiquer sur Internet. Mais son espace d’adressage, limité à environ 4,3 milliards d’adresses, ne suffit plus face à l’explosion des usages numériques et du nombre d’objets connectés.
Cette pénurie touche particulièrement les opérateurs: les quatre grands fournisseurs français (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) ont déjà consommé une grande partie de leurs stocks d’adresses IPv4, accélérant la nécessité d’une transition vers l’IPv6.
Avec deux vitesses: Opérateurs vs Hébergeurs
La transition avance beaucoup plus vite chez les fournisseurs d’accès internet (connexions) que chez les créateurs et hébergeurs de sites web:
- Côté connexions (fin 2025): 94% des clients sur le fixe (+7 pts) et 83% sur le mobile (+13 pts) sont identifiés grâce à une adresse IPv6.
- Côté serveurs et contenus: seulement 38% des sites web (+3 pts) et 25% des serveurs e-mail (+2 pts) sont disponibles en IPv6. Le rythme y est jugé trop lent pour espérer une transition complète rapidement.
Mais en 2025, les taux d’activation IPv6 varient selon les opérateurs et le type d’offre (grand public vs pro). Du côté des opérateurs français, l’adoption de l’IPv6 est désormais largement avancée, même si des écarts persistent selon les acteurs et les types d’offres. Free affiche le taux de déploiement le plus élevé, avec 99% de ses offres fixes grand public et 100% de ses offres professionnelles compatibles IPv6.
Il est suivi par Orange (97% des offres grand public et 70% des offres Pro) et Bouygues Telecom (96% pour les deux catégories). SFR reste en retrait, avec 80% de ses offres fixes grand public et seulement 36% de ses offres professionnelles compatibles avec cette deuxième génération du protocole d’adressage.
L’impact environnemental du numérique scruté de près
Dans son rapport sur un numérique plus soutenable, l’Arcep alerte sur la hausse continue de l’empreinte environnementale du numérique. Malgré des gains d’efficacité, la consommation électrique des centres de données a augmenté de 12% et leurs émissions de gaz à effet de serre de 23% entre 2023 et 2024.
L’Autorité souligne également les nouveaux défis liés à l’essor de l’intelligence artificielle générative, notamment le manque de transparence des acteurs sur l’impact environnemental des modèles d’IA et la hausse attendue des besoins énergétiques liés à leur utilisation.
L’essor du numérique et de l’intelligence artificielle entraîne aussi une hausse continue de l’empreinte écologique…. des centres de données. Entre 2021 et 2024, par exemple, leurs émissions de gaz à effet de serre ont fortement progressé, atteignant 178.000 tonnes de CO2 équivalent en 2024, soit une augmentation de 23% en un an. Malgré des efforts pour améliorer leur efficacité énergétique, les data centers restent l’un des principaux postes de croissance de l’impact environnemental du numérique.
- Consommation électrique: elle progresse régulièrement pour atteindre 2,7 TWh en 2024 (+12 % en un an).
- Consommation d’eau: après un pic en 2023 (674.000 m3), le volume d’eau prélevé directement a baissé de 15% pour s’établir à 575.000 m3 en 2024. En comparaison avec le fameux et tant apprécié « indice piscine olympique », 575.000 m³ d’eau représentent l’équivalent d’environ 230 piscines olympiques.
Le rapport de l’Arcep s’intéresse également à l’impact environnemental des équipements numériques et des écrans. Les trajectoires évoluent toutefois différemment selon les catégories de produits: entre 2021 et 2024, les volumes d’équipements mis sur le marché (exprimés en millions d’unités) affichent des tendances contrastées, reflétant l’évolution des usages et du renouvellement du matériel numérique.
- Téléphones mobiles: ils restent le premier marché malgré une baisse globale (de 15,2 millions en 2021 à 13,4 millions en 2024), mais connaissent un léger rebond de 4% en 2024.
- Écrans d’ordinateur et Tablettes: ils enregistrent une forte hausse en 2024 avec 9% chacun (atteignant respectivement 3,3 millions et 2,2 millions d’unités).
- Ordinateurs portables et Téléviseurs: leurs ventes continuent de baisser en 2024 de 3% chacun (pour s’établir à 3,8 millions et 2,8 millions d’unités).
La technologie d’affichage a un impact direct sur la consommation énergétique: les téléviseurs OLED et microLED consomment en moyenne 25% d’électricité en plus à l’usage que les modèles LCD/LED ou équivalents QLED et QNED.
La fabrication des câbles en fibre optique représente également un impact environnemental important. En 2024, leur production a nécessité 170 GWh d’énergie, soit l’équivalent de 26% de la consommation annuelle des réseaux fixes français, ainsi que 66.000 m3 d’eau (environ 200 litres par kilomètre de câble fabriqué). Leur empreinte carbone varie notamment selon le nombre de fibres qu’ils contiennent.
