Témoignage. « Je me retrouve avec une déchèterie » : il découvre que son locataire a le syndrome de Diogène


Cette maison était l’achat d’une vie. L’achat de la vie de Bruno. En 2015, il réunit toutes ses économies et fait un emprunt pour acheter sa propre maison à Lure (Haute-Saône), qu’il rénove du sol au plafond. Alors qu’il pensait emménager dans son cocon, à cette période, sa mère tombe gravement malade. Pour l’accompagner dans cette douloureuse épreuve, il quitte son travail et la rejoint à 450 kilomètres de chez lui.

En 2017, il décide alors de louer sa maison, en attendant de pouvoir revenir s’y installer. Il trouve très rapidement, puisqu’il décide de la louer à l’un de ses collègues, employé comme lui dans une société de nettoyage. « C’était un jeune, dans la vingtaine, qui avait 10 ans de moins que moi et avec qui je m’entendais très bien. J’avais entièrement confiance en lui. Il vivait à l’époque chez ses parents, que j’avais déjà croisés », se rappelle Bruno.

Une scène d’horreur dans la maison

Il part au chevet de sa mère rassuré, pensant laisser sa maison entre de bonnes mains. « Tout se passait bien, jusqu’à ce qu’il récupère son père dans cette maison », poursuit-il. Car il y a deux ans, il est contacté par la sœur de son locataire, avec qui il entretient de bons rapports et continue à échanger de temps en temps. Celle-ci l’alerte sur l’état du logement, notamment de l’extérieur. Sa terrasse serait jonchée de poubelles et détritus. L’intérieur ne serait guère mieux, selon elle. Des nouvelles qui inquiètent Bruno, d’autant qu’il a prévu de revenir dans la région et de s’installer enfin dans sa maison.

À la fin du bail, il s’y rend en main propre pour donner à son locataire le courrier signalant la rupture du bail. Il ne rentre pas, mais remarque que la terrasse a été débarrassée des détritus. Il apprendra plus tard qu’ils ont simplement été déplacés dans le garage. Son locataire quitte la maison avec un mois de retard et ne se conforme pas vraiment à la procédure habituelle. « Le retard, je peux le comprendre, car il n’est pas toujours évident de se reloger. D’autant plus qu’il a toujours payé son loyer en temps et en heure. Or, il ne m’a pas prévenu lorsqu’il est finalement parti », développe Bruno.

Plus embêtant encore, le propriétaire n’a pas récupéré les clés. Il se rend donc à la nouvelle adresse de son ancien locataire pour les retrouver. « Il m’a dit qu’il les avait laissées dans une voiture dans la cour de la maison. Il m’a même accompagné pour que je les récupère. Les clés étaient effectivement dans une voiture qui n’était plus qu’une épave », déroule-t-il. Lorsque Bruno ouvre enfin la porte de sa maison, il découvre une scène d’horreur : des sacs-poubelle remplis de détritus et d’objets en tout genre jusqu’au plafond, des meubles, des bouts de voiture, des excréments d’animaux. « Je n’y croyais pas. Je pensais que c’était un cauchemar, que j’allais me réveiller. J’ai refermé la porte et je suis rentré chez ma compagne », souffle-t-il. À côté de lui, son ancien locataire, tête baissée, finit par s’en aller.

Le sol imbibé d’urine

Mais Bruno, lui, doit affronter la réalité. « C’était encore pire que les cas extrêmes que l’on voit à la télévision. Les parquets sont imbibés d’urine, les rats ont investi la maison, les radiateurs et la chaudière ne sont plus en état, la salle de bains et les toilettes sont dévastées, la cuisine est cassée, il y a des fuites d’eau. Les fenêtres sont marron de crasse. Le sanibroyeur des toilettes est sur la terrasse, le sous-sol est donc jonché d’excréments humains… », énumère-t-il, désespéré. Il est assurément devant un cas d’un syndrome de Diogène, développé probablement par le père du locataire, selon les informations de Bruno. Ce trouble du comportement se caractérise généralement par une négligence extrême du domicile, une hygiène corporelle très limitée, un isolement social et un déni de la réalité.

« J’ai qu’une envie, c’est que cette maison disparaisse de ma vie »

Devant cette situation, et le refus du locataire d’un état des lieux et de toute tentative de négociation pour nettoyer le logement, Bruno a fait appel à un huissier pour constater les dégâts. Il a également sollicité un conciliateur de justice pour trouver une solution amiable, mais son interlocuteur n’est pas venu au rendez-vous et ne donne plus aucun signe de vie. « J’ai tenté la voie de la gentillesse, mais il fait le mort. Le seul recours que j’ai à l’heure actuelle, c’est de l’attaquer en justice, à mes frais bien sûr. »

Toutes ces démarches ont un coût : avocat, devis de nettoyage et réparation… Sans compter le temps. Le propriétaire passe tous ses moments libres à gérer cette situation. « Même s’il est condamné, il ne sera sûrement pas en capacité de payer. Je peux me retourner contre son assurance, mais je ne sais même pas s’il était assuré ces dernières années, car il ne m’avait pas transmis les documents », abonde-t-il. « Toutes les portes se sont fermées jusqu’à présent. Je me sens complètement démuni. »

Rongé par l’inquiétude, le propriétaire a bien du mal à imaginer une issue positive pour sa propriété. « J’ai qu’une envie, c’est que cette maison disparaisse de ma vie », lâche-t-il. « Louer une benne pour débarrasser, c’est minimum 500 euros, en sachant qu’il faut trier les déchets. Tout ce que je voudrais faire pour au moins assainir cette maison-là est payant », déplore-t-il. S’il ne perd pas espoir de pouvoir un jour habiter dans sa maison, la route lui paraît encore longue et sinueuse. « En neuf ans, il a saccagé ma maison, que je continue de payer. Ce bien immobilier, j’ai toujours voulu l’habiter et le léguer à mes enfants plus tard. Là, je me retrouve avec une déchèterie entre les mains… » Pour l’heure, devant son ancien locataire mutique, il tente de rassembler toutes les pièces dont il a besoin, pour porter cette affaire en justice. En espérant un dénouement heureux.



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