Deux ans après les violences qui ont entraîné la mort de 14 personnes et causé des dégâts s’élevant à plusieurs milliards d’euros en Nouvelle-Calédonie, la défiance demeure alors que la question du corps électoral, à l’origine de la crise, n’a toujours pas trouvé de solution.
Depuis lundi, à l’approche de l’anniversaire du début des émeutes qui ont frappé cet archipel français du Pacifique sud, des messages appelant à la vigilance circulent sur les groupes WhatsApp de quartier et sur les réseaux sociaux.
Des habitants, se qualifiant eux-mêmes de « voisins vigilants », lancent une mise en garde : « Il n’y aura pas de second 13 mai, car notre riposte sera immédiate et ferme (…). Nous sommes structurés et prêts à intervenir si la situation l’exige. »
La flambée de violence d’il y a deux ans avait pris tout le monde de court. Depuis lors, les groupes d’autodéfense demeurent mobilisés. Un « collectif de résistance citoyenne » s’est formé et les « référents de quartier » continuent de se réunir régulièrement. À Nouméa, certains portails installés pour barrer des rues subsistent. Les autorités en ont permis l’ouverture, mais ils n’ont pas été retirés.
Aucune mobilisation majeure n’est attendue ce mercredi et le climat reste relativement calme. Toutefois, le haut-commissariat de la République, équivalent local de la préfecture, a décidé d’interdire la vente d’alcool sur l’ensemble du territoire du 11 au 17 mai pour limiter tout risque de débordement.
Le débat sur le corps électoral ravivé
La question du corps électoral a refait surface à l’approche des élections provinciales prévues le 28 juin. C’est précisément ce sujet qui avait déclenché la crise en 2024.
Ce scrutin revêt une importance particulière en Nouvelle-Calédonie. Les trois provinces disposent de larges compétences, et la structure institutionnelle du territoire repose sur ces élections.
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La participation n’est pourtant pas ouverte à tous les Calédoniens. Seules les personnes pouvant justifier de dix ans de résidence en 1998, ainsi que leurs descendants, figurent sur la « liste spéciale ». Cela représente 181 728 électeurs, contre 220 046 inscrits sur la liste générale, qui donne accès aux scrutins municipaux, législatifs, européens ou présidentiels.
Cette règle demeure au centre de la tension entre pro- et anti-indépendance. Les indépendantistes craignent qu’un élargissement du corps électoral ne dilue leur revendication, en permettant à des Français récemment installés sans véritable attache locale de peser sur l’avenir de l’archipel. Toutefois, ils restent favorables à une extension du droit de vote, à condition qu’elle s’inscrive dans un accord global sur le futur institutionnel du territoire.
De leur côté, les non-indépendantistes rappellent que les trois référendums d’autodétermination, organisés en 2018, 2020 et 2021, ont tous vu la victoire du « non » à l’indépendance, même si le dernier scrutin a été boycotté par les pro-indépendance.
Une « instabilité permanente »
Ce dossier, qui empoisonnait la vie politique locale avant les événements de 2024, reste sans issue. L’accord de Bougival, signé le 12 juillet 2025 mais rejeté par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), proposait d’ouvrir le corps électoral aux Français résidant depuis 15 ans pour le prochain scrutin, puis dix ans pour les suivants. Cependant, l’Assemblée nationale a rejeté le 2 avril le projet de loi constitutionnelle destiné à entériner cet accord, mettant ainsi un terme à ces dispositions.
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Le Premier ministre Sébastien Lecornu, après un mois de consultations sans aboutissement, a mis sur la table une ouverture partielle du corps électoral, en faveur des natifs (nés en Nouvelle-Calédonie mais dont les parents ne figurent pas sur la « liste spéciale ») et des conjoints de Calédoniens.
Cette mesure, inscrite dans un projet de loi organique qui doit encore être adopté au Parlement puis validé par le Conseil constitutionnel, ne satisfait néanmoins aucune des parties prenantes.
« Le 13 mai 2026, nous exprimerons notre ferme opposition à ce nouvel acte de passage en force qui, sous couvert de démocratie, marque un net recul concernant les engagements de l’État sur la décolonisation », prévient la CCAT, à l’origine de la mobilisation de 2024, dans un communiqué publié le 8 mai.
« L’État persiste à maintenir un processus sans issue, dans une instabilité chronique et une ambiguïté institutionnelle qui sapent la paix civile et minent progressivement la confiance envers la parole publique », estime l’association Un cœur, une voix, dans une lettre adressée au président Emmanuel Macron. Le 31 mars, elle avait rassemblé près de 2 500 participants lors d’un rassemblement pour réclamer l’ouverture du corps électoral.
Source AFP
