Les livraison par drones pour les détenus, un risque «vital» pour les patients du CHU de Strasbourg



Depuis environ trois semaines, les hélicoptères de la Sécurité civile et du Samu ne se posent plus de nuit au grand hôpital de Hautepierre de Strasbourg par crainte de collision avec des drones chargés de livraisons illégales, à destination de la maison d’arrêt de l’Elsau voisine.

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Les hélicoptères d’urgence qui se posaient auparavant au grand hôpital de Hautepierre de Strasbourg ne s’y risquent plus. À la place, ils se rabattent depuis trois semaines sur l’hélistation du Nouvel hôpital civil, situé en centre-ville, de quoi rallonger de 30 à 40 minutes l’acheminement des patients. Mais la crainte d’une collision avec un des drones destinés à des livraisons illégales pour la maison d’arrêt de l’Elsau, située à 4 kilomètres. « Ça peut poser de réels problèmes, notamment en cas de situation hémorragique », déplore le professeur Julien Pottecher, chef du pôle anesthésie/réanimation à l’hôpital de Hautepierre.

Comme ailleurs en France, les détenus de la maison d’arrêt voisine se font livrer drogue ou téléphone portable de nuit par drone. Deux jeunes majeurs ont déjà été condamnés mardi pour avoir participé à une livraison depuis une rue située entre l’hôpital et la prison. « Il se trouve que le drones, pour accéder à l’établissement pénitentiaire, passent par l’espace aérien de l’hôpital, détaille Justine Gerbaud, porte-parole de la direction de l’administration. Notre dispositif antidrone n’a vocation qu’à sécuriser l’établissement et ne peut pas rejaillir sur la sécurité de l’hôpital. »

Un dispositif antidrones pas « à 100% de ses capacités »

Dans un communiqué, l’Administration pénitentiaire a indiqué mercredi que plus de 70 établissements sur 186 que compte l’Hexagone sont équipés de dispositifs électroniques antidrones, dont la prison de l’Elsau depuis juillet 2025 pour un coût de 350 000 euros. En 2025, près de 5 000 tentatives de survol par drone ont été recensées dans tout le pays, ajoute l’administration pénitentiaire. « Dans le cadre du plan ‘Zéro portable en prison’, lancé en novembre 2025 par (le ministre de la Justice) Gérald Darmanin, 1,05 million d’euros ont été immédiatement mobilisés pour renforcer les moyens de lutte contre les drones », selon le communiqué.

Mais la législation interdit aux surveillants d’utiliser cet équipement électronique « à 100% de ses capacités », par exemple en forçant l’appareil à atterrir en un lieu précis, ce qui permettrait de le récupérer, explique à l’AFP Ghislain Karleskind, délégué syndical SPS de l’établissement. Les gardiens, qui peuvent grâce à ce système géolocaliser le télépilote, doivent donc se contenter d’avertir la police de sa position. Les policiers interviennent s’ils le peuvent, ajoute-t-il.

Toutefois, Justine Gerbaud précise que l’administration pénitentiaire prend très au sérieux la situation que rencontre l’hôpital de Strasbourg : « On est en étroite collaboration avec les forces de sécurité pour faciliter la localisation et l’interpellation des télépilotes. Et on travaille en lien avec l’hôpital pour les aider à déployer éventuellement leur propre dispositif de sécurité antidrones. »

Entre 320 et 330 patients acheminés par hélicoptère chaque année

Un enjeu majeur, puisque chaque année, entre 320 et 330 patients, dont une quarantaine de nuit, sont acheminés par hélicoptère à Hautepierre depuis l’ensemble de la région Grand Est, voire depuis l’Allemagne ou le Luxembourg. « On ne peut pas exclure que (sur ce chiffre), il puisse y avoir des patients pour lesquels ce retard supplémentaire de 30-40 minutes fasse courir un risque, soit vital, soit fonctionnel, soit une récupération prolongée, soit des soins un peu lourds ou plus longs », a souligné le Pr Julien Pottecher. Depuis l’arrêt des vols de nuit, deux patients ont dû être amenés à Hautepierre en ambulance après atterrissage à l’hôpital civil, « fort heureusement » sans conséquences graves pour leur santé, a-t-il ajouté.

Depuis avril, 19 drones ont été signalés de nuit au-dessus de l’hélistation de l’hôpital, entraînant des dépôts de plaintes de l’établissement, a informé le responsable de la sécurité des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Jérôme Coulon. Une nouvelle réunion est prévue dans la semaine en préfecture, a-t-il indiqué. Avant d’affirmer : « Les solutions, il faut qu’on les ait rapidement et on les aura rapidement ».



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