La vidéo du jour. « J’ai toujours été proche du dragon » : Lune, « alter humaine », raconte son quotidien atypique


« C’est vraiment une identité, ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qu’on est à la naissance, on ne choisit pas de l’être », présente Lune, qui se définit depuis plus de deux ans comme « alter humaine » ou « thérian ». Cette particularité, qu’elle définit comme « un lien spirituel ou physique avec un ou plusieurs animaux, objets, créatures », prend place dans sa vie à l’âge de 16 ans. Dans son cas, il s’agit du dragon, l’animal auquel elle se réfère le plus depuis « toute petite », alors qu’elle dit s’être toujours sentie proche de la nature. En faisant ses recherches sur le sujet à l’époque, elle tombe sur d’autres personnes qui se définissent comme « alter humaine ». « Le fait de voir d’autres personnes qui l’étaient, ça m’a permis de me dire « je ne suis pas seule, je ne suis pas bizarre, ça existe » », retrace-t-elle, rassurée de pouvoir poser des mots sur un ressenti de longue date.

Si elle est pleinement consciente d’être humaine – contrairement à la lycanthropie, un trouble mental où les patients ont la conviction d’être transformés en animaux -, Lune exprime sa sensibilité animale librement. Elle porte un masque décoré par ses soins et une queue en fourrure, attachée à son short. « Et j’ai aussi de la corne sur les mains », s’amuse-t-elle, avant de démontrer sa manière de se déplacer à quatre pattes en forêt, au pas, au trot, parfois par bonds. « Je ne me déplace pas comme ça dans la rue », précise celle qui habite à Montpellier, « mais en forêt, ça m’arrive ».

Loin d’être un phénomène nouveau

Si le terme est récent – la communauté thérian éclos dans les années 1990 via des forums internet – pour Marianne Celka, docteure en sociologie à l’université Paul Valéry, ce phénomène n’a rien de nouveau dans l’histoire humaine : « Plusieurs formes d’alter humains ont existé dans l’histoire de l’humanité. La mythologie grecque, mais aussi égyptienne, étaient bien peuplées de créatures qu’on va appeler hybrides ou des animaux anthropomorphes. » Elle y voit un vecteur identitaire à part entière : « C’est porteur de valeurs, de normes, ça co-construit l’identité des individus, c’est un moyen de se construire une carte mentale de rapport à soi et de rapport au monde. »

Pour Lune, comme pour la plupart des membres de sa communauté, le véritable problème se situe dans le regard des autres. « Il faut apprendre à ne pas s’en soucier », lance-t-elle, en soulignant être régulièrement prise en photo par des inconnus, même si parfois, l’incompréhension dépasse les simples regards. Un jour, alors qu’elle portait son masque sur le front et qu’elle était accompagnée d’une amie, deux hommes en scooter se sont arrêtés à leur niveau. « Ils ont commencé à nous intimider en disant « c’est bizarre ce que vous faites ». D’un seul coup, l’un des deux a mis un coup de boule à mon amie avec son casque de moto », se remémore-t-elle.

« On ne dérange pas, on ne fait de mal à personne. C’est une belle communauté, donc pourquoi ? Pourquoi autant de haine ? » se désole-t-elle. Malgré cette hostilité constante, elle ne regrette en rien son mode de vie : « Je suis bien plus heureuse et épanouie aujourd’hui. Je me suis fait plein d’amis, j’ai une relation amoureuse maintenant avec une personne qui est aussi alter humaine. Ça m’a ouvert à plein de choses. »



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