Ce contexte n’est pas une réplique exacte de la guerre froide, mais il s’en approche. Alors que Donald Trump effectue actuellement une visite en Chine, accompagné des membres clés de son administration, le Ministère américain de la Justice a annoncé publiquement l’ouverture de poursuites contre la maire d’une ville californienne, soupçonnée d’avoir agi en tant qu’agente au service du gouvernement chinois.
Eileen Wang, âgée de 58 ans, fait partie des cinq responsables municipaux qui se relaient à la tête de la mairie d’Arcadia, une commune de 56 000 habitants proche de Los Angeles, où près de 60 % de la population est d’origine asiatique. Les autorités l’accusent d’avoir diffusé pendant plusieurs années des messages pro-Pékin à destination de la communauté sino-américaine. Selon la terminologie judiciaire américaine, il s’agirait d’une « agente illégale du gouvernement chinois ».
D’après les procureurs fédéraux en charge du dossier, Eileen Wang aurait, entre 2020 et 2022, participé à la gestion d’un site web présenté comme un média destiné à la diaspora chinoise aux États-Unis. Les enquêteurs estiment que, sous couvert de plateforme communautaire, ce site servait à relayer des contenus approuvés ou rédigés par des responsables chinois.
Des contenus transmis depuis la Chine à publier
Le dossier judiciaire indique qu’elle collaborait avec Yaoning Sun, un citoyen chinois déjà condamné cette année à une peine de quatre ans de prison dans la même affaire. Proche d’Eileen Wang et trésorier de sa campagne municipale, il aurait joué un rôle d’intermédiaire entre les autorités chinoises et le site internet concerné.
Selon les procureurs, plusieurs échanges montrent que des responsables chinois envoyaient directement des articles à mettre en ligne. Par exemple, un texte niant toute existence de travail forcé ou de génocide au Xinjiang a été transmis à Eileen Wang via une messagerie sécurisée. Quelques minutes plus tard, l’article était publié sur le site. Les autorités américaines précisent qu’elle aurait ensuite procédé à de multiples modifications sur demande des responsables chinois.
Dans un autre échange présenté dans le dossier, la responsable municipale aurait sollicité l’aide de Mike Sun pour diffuser un article soutenant Pékin, en précisant : « C’est ce que le ministère des Affaires étrangères souhaite voir circuler. »
Une opération d’influence orchestrée par Pékin
La justice américaine considère ces activités comme relevant d’une opération d’influence menée par la Chine sur le territoire américain sans déclaration préalable auprès des autorités fédérales, en infraction avec la législation qui impose cette formalité pour toute personne agissant pour le compte d’un État étranger.
« Ceux qui obéissent secrètement à un gouvernement étranger portent atteinte à notre démocratie », a affirmé Bill Essayli, procureur en Californie, dans un communiqué officiel. Le FBI a également qualifié cette affaire d’exemple des tentatives de la Chine pour influencer les institutions américaines, en particulier au niveau local.
Cette affaire illustre l’attention accrue que les autorités américaines portent aux initiatives d’influence chinoises visant certaines communautés sino-américaines. Ces dernières années, plusieurs individus accusés de travailler pour Pékin ont été interpellés ou condamnés aux États-Unis.
Eileen Wang encourt une peine pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Dans une déclaration relayée par ses avocats, elle a reconnu « la gravité » des faits qui lui sont reprochés et affirmé vouloir « prendre la responsabilité de ses erreurs passées ».
