© D.T. – Me Philippe Ohayon, l’avocat de Félix Bingui, s’est réjoui, à la sortie de l’audience à Marseille, que le tribunal ait baissé la peine et n’ait pas prononcé de mesure de sûreté.
Seize condamnations et quatre relaxes. Des peines qui vont jusqu’à 12 ans de prison ferme et 200 000 euros d’amende ont été prononcées, ce vendredi 5 juin, à l’encontre de Félix Bingui, dit « Le Chat » ou « Féfé », chef présumé du clan de narcotrafiquants Yoda, jugé depuis trois semaines pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment.
A Dubaï, l’appartement de Félix Bingui saisi par la justice
La septième chambre du tribunal correctionnel de Marseille a également prononcé contre lui une interdiction de paraître dans les Bouches-du-Rhône pendant une durée de 5 ans. Elle a enfin confisqué l’appartement dont il est propriétaire à Dubaï, d’une valeur estimée à 420 000 euros, ainsi qu’une somme de 42 250 euros déjà saisie.
Le procureur avait requis lundi 1er juin une peine de 16 ans de prison et une amende de 500 000 euros.
Pour l’avocat de Bingui, « cette juridiction a démontré son indépendance »
L’avocat du mis en cause, Me Philippe Ohayon, s’est dit « satisfait » de ce qu’aucune mesure de sûreté n’ait été prononcée contre son client. Il s’est aussi réjoui que la tribunal ait diminué la peine. « Cette juridiction a encore une fois démontré son indépendance et ça, c’est un bijou ! » a-t-il lancé à la sortie de l’audience. Félix Bingui reste donc en détention, mais rien ne dit donc qu’il fera appel de cette peine. Il dispose en tout cas d’un délai de dix jours pour le faire.
Félix Bingui, rival déchu de la DZ Mafia dans le trafic de stupéfiants, avait été présenté par le parquet comme celui « qui se positionne en chef d’équipe, en supérieur hiérarchique ».
Le « bras droit » du « Chat » présent pendant tous les débats, mais absent au délibéré
A l’encontre de Mohamed Hussein Saleh, considéré comme son « bras droit », pour qui 12 ans de prison, avec deux tiers de sûreté, et 100 000 euros d’amende avaient été requis par le parquet, le tribunal a prononcé une peine de 9 ans de prison et une amende de 50 000 euros. En raison de l’absence du prévenu au délibéré, le tribunal y a ajouté un mandat d’arrêt. Le mis en cause s’était pourtant présenté à l’audience pendant toute la durée des débats.
Justice à deux vitesses : la défense fait référence au dossier Sarkozy
Pour son avocat, Me Gaëtan Poitevin, c’est « la peur » qui serait l’explication de son absence au prononcé du jugement. Son conseil s’est toutefois réjoui de ce que la peine de 9 ans soit éventuellement « aménageable au bout de quatre ans », même si le résultat est « encore très très haut ».
Il a déploré « une justice à deux vitesses » avec des présidents de la République qui bénéficient d’un « mandat de dépôt différé », quand d’autres doivent partir en détention immédiatement.

Huit ans ferme pour Zine Eddine Belkai en fuite à l’étranger
Concernant Zine Eddine Belkai, « identifié comme l’un des principaux responsables du réseau », en fuite à l’étranger, contre lequel 10 ans et 100 000 euros d’amende avaient été réclamés, c’est une peine de 8 ans ferme avec mandat d’arrêt, une amende de 50 000 euros et une interdiction de séjour dans le département pendant cinq ans qui a été prononcée.
Les autres prévenus ont écopé de peines qui tiennent compte de leurs rôles respectifs et de leur degré d’implication dans le réseau et qui vont de 9 mois de prison avec sursis à 6 ans ferme, souvent assorties d’amendes.
Le trafic de drogue de la cité la Paternelle à Marseille estimé à plusieurs millions d’euros
Le tribunal a aussi parfois requalifié les faits de « blanchiment du trafic de stupéfiants » en « blanchiment » tout court. Enfin il a rejeté toutes les demandes soulevées à l’ouverture du procès par les avocats de la défense, concernant à la fois un supplément d’information, mais aussi l’audition de trois policiers mis en cause dans le dossier « Trident » et qui ont participé à la procédure.
Au terme de son réquisitoire, le procureur de la République avait estimé le chiffre d’affaires du trafic de la cité La Paternelle, celui dirigé par le clan Yoda, entre août 2021 et juin 2023, entre 2 et 4 millions d’euros. Il avait aussi rappelé que la « guerre de territoires » entre le clan de la DZ Mafia et Yoda avait fait 52 morts et 124 blessés dans la région marseillaise en 2023, avec pour l’essentiel un clan Yoda régnant en maître sur la Paternelle et les Micocouliers, tandis que la DZ Mafia gérait Bassens, Font-Vert et les Marronniers.