« On ne réclame rien d’autre que la vérité… » En quelques mots, empreints à la fois de chagrin, de colère et de détermination, Jeanne Mailhos-Vitel résume ce qui occupe sa vie depuis trois ans. Le 11 août 2023, son mari, Stéphane Vitel principal du collège Laplace à Lisieux (Calvados) était retrouvé mort dans l’établissement, dans des circonstances particulièrement troublantes.
Alors qu’il vient tout juste de prendre la route des vacances avec son épouse et leurs enfants, une notification lui signale le déclenchement de l’alarme anti-intrusion dans l’établissement qu’il dirige. Il décide de faire demi-tour pour s’assurer qu’il n’y a rien d’anormal. Il gare la voiture et rentre dans l’établissement. Il est 6 heures du matin. Ne le voyant pas revenir, sa fille s’impatiente et décide d’aller à sa rencontre. Elle le retrouve allongé au sol, ses lunettes projetées à distance, mort.
Quelques jours après, un jeune homme de 17 ans se présente au commissariat de la ville pour signaler que c’est lui et l’un de ses camarades qui se sont introduits dans l’établissement, mais qu’ils n’y sont pour rien dans la mort du principal. L’enquête qui s’ensuit confirme ces déclarations. Les deux jeunes, comme en témoigne l’analyse de leurs téléphones, n’étaient plus dans le collège au moment des faits et sont mis hors de cause dans le décès de Stéphane Vitel. Les traces relevées sur le corps du défunt ne sont en aucun cas de nature à expliquer sa mort. Il ne s’agit donc, selon la justice, que d’une incroyable coïncidence. Il faut chercher ailleurs les causes de la mort du chef d’établissement.
« Des traces aux poignets »
Les examens médico-légaux révèlent chez Stéphane Vitel « une anomalie cardiaque méconnue qui pourrait être à l’origine de son décès. » Et voilà le dossier classé par la justice… mais pas pour la famille du défunt et notamment son père et sa veuve.
« L’enquête a été bouclée très rapidement. Trop rapidement pour qu’on puisse aller au bout de la vérité. On réclame des pièces du dossier qui ne nous ont jamais été transmises. Le premier médecin qui intervient le matin du décès signale une coupure nette à la tempe de mon mari avec un écoulement de sang. Elle note des marques à l’intérieur des coudes et des traces nettes de préhension autour des deux poignets. Sans compter la distance invraisemblable à laquelle se retrouvent les lunettes de mon mari. Je pourrais vous citer de nombreuses incohérences, sur l’analyse par exemple des portables des deux jeunes qui se trouvaient là. Une voiture blanche suspecte qui apparaît dans l’enquête mais dont on ne sait rien. Il y a vraiment beaucoup trop d’éléments inexplorés pour nous laisser en paix avec cette histoire. »
Jeanne Mailhos-Vitel, très éprouvée, lâche finalement sa conviction profonde : « L’enquête a de toutes évidences été bâclée. Pourquoi ? Je ne sais pas. L’Éducation nationale a-t-elle peur que le décès de mon mari révèle que les cadres des établissements scolaires sont parfois trop exposés ? » Elle vient, avec son beau-père et quelques amis, de constituer une association visant à poursuivre cette « quête insatiable de vérité. Nous en avons besoin pour continuer à avancer, A mener d’autres projets. À vivre, tout simplement. »
L’idée est aussi d’organiser régulièrement des événements, des rencontres pour rendre hommage à Stéphane Vitel et tenir chacun au courant des avancées de cette quête, à l’écart pour l’instant de toutes les instances judiciaires.