Marseille : les dessous du marché du Soleil mis à nu par les douanes


« Quoi ! Je n’ai tué personne ! » a lancé à la cantonade, à l’ouverture du procès, Georges Dahan, 81 ans, le doyen de l’affaire, propriétaire des lieux, grand manitou du marché du Soleil, le plus célèbre des bazars marseillais, vieux de quatre décennies, et principal prévenu. 

Quatre jours plus tard, Georges Dahan, qui conteste l’essentiel des faits de contrefaçon et de blanchiment qui lui sont reprochés, est encore arrivé à l’audience jeudi matin avec du retard, l’éternel sourire aux lèvres, fines lunettes sur le nez, par trop décontracté. Tellement décontracté qu’il s’est fait réprimander par le président du tribunal correctionnel de Marseille, qui le juge depuis près d’une semaine. 

Contre lui, la procureure de la République Anne-Sophie Larrouy a réclamé, jeudi 25 juin, une peine de 4 ans de prison avec sursis et une amende de 30 000 euros avec sursis, mais surtout l’interdiction définitive de gérer, une inéligibilité de trois ans et la confiscation de la somme de 24 000 euros retrouvés sous son lit dans la chambre conjugale. Mais surtout, le ministère public a demandé la fermeture judiciaire définitive du marché du Soleil, ce temple de la contrefaçon situé au coeur de Marseille, tellement sur la place publique qu’il figure dans les guides touristiques. 

 La procureure déplore « l’appât du gain » des quinze prévenus

 « L’appât du gain, c’est dangereux. Le chant des sirènes aussi », lui a lancé la magistrate, après l’avoir désigné sans ambages comme « le créateur du marché, le patriarche, l’aîné qu’on respecte, qui commande, qui a plein d’idées », celui qui, entre 2022 et 2025, aura été « le mur porteur ». Une position que nul ne lui a d’ailleurs contestée pendant ce procès, tant il est apparu charismatique et coquin. Des réquisitions qui sont toutefois plutôt clémentes le concernant, malgré les condamnations qui existent déjà sur son casier judiciaire, mais le parquet aura sans nul doute tenu compte de son âge et de son état de santé. 

 Marché du Soleil à Marseille : l’accusation veut frapper le propriétaire au portefeuille

 Contre sa société AMG Promotion, c’est une amende de 100 000 euros, dont la moitié avec sursis, mais aussi la confiscation de près de 146 000 euros, notamment sur le compte bancaire de la société, qu’a demandées le parquet de Marseille. Le ministère public entend ainsi frapper le principal intéressé au portefeuille, car, pour la procureure Anne-Sophie Larrouy, « le marché du Soleil marchait à 70-75% sur de la contrefaçon » avec, pour son propriétaire, « des virements pour des achats à l’étranger », en Israël notamment.

« Le Marché du Soleil, fera-t-elle observer, est devenu au fil des ans un monstre structurel mais aussi un monstre nourricier lucratif. »

 L’accusation relève « des messages qui transpirent d’argent noir »

 L’accusation a demandé au tribunal de retenir la « bande organisée » mise en place au sein de ce qu’elle a qualifié de « labyrinthe », grâce à « une opacité qui permet l’exécution d’un plan de fraude ». Avec, ajoutera-t-elle, « des messages téléphoniques qui transpirent d’argent noir ». 

« Tout le monde a son rôle. Tout le monde est la pièce d’un puzzle », a insisté la magistrate, qui a rendu à chacun des protagonistes, tel à César, ce qui doit lui appartenir. Selon elle, Georges Dahan était secondé par « des bras armés », mais aussi de plus petites mains, contre lesquels le parquet a sollicité 10 à 36 mois avec sursis et des peines d’amendes qui vont jusqu’à 5 000 euros ferme.

 Corruption passive : l’interdiction définitive d’exercer réclamée contre les trois policiers municipaux mis en cause

 A l’encontre des trois policiers municipaux jugés pour corruption passive, elle a demandé des peines de 12 à 15 mois de prison avec sursis, des amendes de 3 000 à 5 000 euros avec sursis et surtout, contre chacun d’eux, l’interdiction définitive d’exercer le métier de policier. « Ils ont donné des informations. Ils ont accepté d’intimider. C’est de la vraie corruption. Mais aujourd’hui, ils n’ont pas peur de vous dire : je n’ai rien fait. C’est extrêmement grave. Quand on porte l’uniforme, on s’engage et c’est aussi pour des valeurs », cinglera la procureure.

 Me Aurélie Clerc défend l’épouse de Georges Dahan. Cette dernière est l’un des quinze prévenus dans ce dossier. Elle est soupçonnée de blanchiment aggravé. © D.T.

Contre l’agente administrative de la préfecture, soupçonnée d’avoir touché 1 500 euros pour leur arranger le coup, afin de leur permettre de surfer sur la fermeture administrative en cours, le parquet a sollicité 15 mois de prison avec sursis et également l’interdiction définitive d’exercer dans la fonction publique. 

 Marché du Soleil : les douanes réclament une amende de 84 millions

 Les douanes ont réclamé au total, solidairement contre les prévenus, une amende douanière de 84,6 millions d’euros qui comprend à la fois le préjudice des contrefaçons et des faits de blanchiment reprochés. Les diverses sociétés du groupe LVMH, dont Christian Dior Couture, dont les marques ont été allègrement copiées, sollicitent l’indemnisation de leur préjudice matériel qu’ils chiffrent parfois jusqu’à 436 000 euros, et jusqu’à 650 000 euros de préjudice moral.

 La défense pointe les dysfonctionnements du dossier et « une enquête à charge »

 Me Stéphane Ceccaldi, pour le principal mis en cause Georges Dahan, a fait un parallèle avec les dysfonctionnements présumés enregistrés dans le cadre de l’affaire Lyhanna. « Le procureur et la préfète de police ont décidé de se faire le marché du Soleil, pour faire quoi derrière, une opération immobilière ? », a ironisé l’avocat. Il a aussi pointé « le défaut d’habilitation des agents des douanes » chargés des investigations.

Me Thomas Hugues a déploré « une enquête à charge » et les anomalies du dossier. « On a fermé la porte à tout contradictoire, parce qu’on était pressé par l’aspect politique du dossier », a martelé l’avocat, qui a sollicité un supplément d’information. 

Me Michel Lao a critiqué à son tour « le défaut de loyauté » des investigations menées. La défense plaide donc la relaxe dans ce dossier. 

« Le marché du Soleil, c’est faire rêver des gens faussement », avait lancé la procureure dans son réquisitoire de près de deux heures. Le rêve tournera-t-il au cauchemar pour les prévenus ? 

Au terme des plaidoiries de la défense, le jugement sera mis en délibéré. 





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