La conférence de presse clandestine du Front de libération nationale corse-Union des combattants (FLNC-UC) entraîne une réponse judiciaire. Le parquet national antiterroriste a annoncé ce jeudi 6 août l’ouverture d’une enquête préliminaire, notamment pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme ».
Les investigations portent également sur « l’acquisition, la détention et le transport d’armes, de munitions ou d’éléments d’armes » des catégories A et B, en lien avec une entreprise terroriste. Cette procédure intervient après la diffusion de menaces visant les non-Corses venant vivre sur l’île.
Les déclarations ont été prononcées par une quinzaine d’individus cagoulés et armés, réunis dans un lieu tenu secret et à une date qui n’a pas été précisée. Corse-Matin, seul média convié à cette conférence de presse, en a révélé le contenu mercredi soir.
Menaces du FLNC en Corse : que reproche le groupe au projet d’autonomie ?
Le FLNC-UC rejette frontalement le processus d’autonomie engagé entre l’État et les élus corses. Le texte visant à reconnaître une autonomie de la Corse au sein de la République a été approuvé le 23 juin par l’Assemblée nationale. Il doit désormais être examiné au Sénat à partir du 21 octobre.
Pour le groupe clandestin, ce processus constitue une « mascarade ». Il estime que le projet de loi constitutionnelle « aboutit à la négation de l’existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ».
Les militants affirment être « déjà dans l’après-Beauvau », en référence au processus politique lancé place Beauvau autour de l’évolution institutionnelle de l’île. Ils appellent le mouvement nationaliste lié à la « résistance » à trouver « les voies et les moyens de créer un nouveau rapport de force politique », sans préciser la nature de celui-ci.
Autonomie de la Corse : le FLNC attaque aussi les nationalistes qui soutiennent le texte
Le FLNC-UC ne vise pas uniquement l’État. Il s’en prend également aux formations nationalistes favorables au processus, notamment Femu a Corsica, Core in Fronte et le Parti de la nation corse.
Selon le groupe, ceux qui prétendent parler « au nom du mouvement national » tout en soutenant le processus de Beauvau commettent « une duperie sans précédent à l’égard de notre peuple ».
Les hommes armés dénoncent aussi des « manipulateurs haut placés », une « caste de groupes financiers corses » ainsi que les collectifs antimafia. Sans nommer précisément ces derniers, le FLNC affirme ne pas pouvoir être « aux côtés de ceux qui soutiennent les logiques » de « justices d’exception ».
« Restez chez vous » : les menaces du FLNC contre les non-Corses
Les déclarations les plus graves concernent les personnes venues du continent ou de l’étranger pour vivre et travailler en Corse. Le groupe dénonce une « colonisation de peuplement galopante », représentée selon lui par l’arrivée annuelle de « près de 5 000 étrangers, dont une grande majorité de Français ».
Il met également en cause l’augmentation qualifiée de « démentielle » du nombre de résidences secondaires. Soutenir un texte constitutionnel susceptible, selon lui, d’amplifier cette évolution constituerait une « grave faute politique ».
S’adressant à ceux qu’il désigne comme des « envahisseurs », le FLNC-UC déclare : « Restez chez vous ». Il ajoute : « Dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national. »
Ces propos sont directement à l’origine de l’ouverture de l’enquête du parquet antiterroriste. Ils interviennent alors que les hommes apparaissant lors de la conférence de presse étaient armés.
Le FLNC dit poursuivre ses « efforts de paix » malgré ses menaces
Malgré le ton employé, le groupe assure vouloir continuer à soutenir les démarches politiques susceptibles de répondre aux aspirations indépendantistes. Il affirme qu’il « continuera à jouer pleinement son rôle », en soutenant par ses « efforts de paix, pour l’heure unilatéraux », les initiatives qui contribueraient réellement à une solution politique.
Le FLNC-UC revendique cependant toujours l’« indépendance nationale » de la Corse. Cette combinaison de menaces et de références à un processus pacifique illustre la stratégie ambiguë du mouvement clandestin, qui cherche à peser sur les discussions institutionnelles tout en maintenant la possibilité d’un rapport de force.
FLNC en Corse : un mouvement clandestin apparu il y a 50 ans
Le FLNC est apparu en 1976, avec une profession de foi retrouvée dans les décombres de 18 attentats commis au cours d’une première « nuit bleue ». En cinquante ans, le mouvement est devenu une nébuleuse marquée par des scissions, des affrontements internes et plusieurs recompositions.
Sa dernière « nuit bleue » revendiquée remonte à octobre 2023. Quarante-cinq explosions avaient alors principalement ciblé des résidences secondaires, mais aussi un ancien centre des impôts à Ajaccio. Aucun blessé n’avait été recensé.
L’enquête doit désormais déterminer les responsabilités liées à la conférence clandestine, identifier les participants et établir la portée pénale des menaces proférées.
