À Lyon, Isabelle Rome s’exprime sur les violences faites aux femmes


Isabelle Rome (au centre) était invitée par Florence Wischer, vice-bâtonnière du barreau de Lyon (à droite), et Michèle Viannès, présidente de l’association Regards de femmes. – © Eric Séveyrat

Invitée à Lyon par le barreau de Lyon, à l’initiative de la vice-bâtonnière Florence Wischer et de Michèle Vianès, présidente de l’association Regards de femmes, Isabelle Rome, ancienne ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui fut magistrate à Lyon, a livré une intervention dense et engagée sur l’accès à la justice, les violences faites aux femmes et les reculs observés à l’international sur les droits fondamentaux.

Isabelle Rome est aujourd’hui ambassadrice pour les droits de l’Homme et pour la mémoire internationale de la Shoah. Elle refuse de faire l’amalgame entre les violences racistes ou antisémitistes et les violences faites aux femmes : « Même si l’on admet, par exemple, que les conditions réservées aux femmes en Afghanistan s’apparentent à un véritable apartheid. »

Pour Isabelle Rome, « l’accès à la justice passe par l’accès aux droits »

Lors de sa visite à Lyon, mardi 16 mai, l’ex-ministre a d’abord rappelé que « l’accès à la justice passe d’abord par l’accès aux droits », insistant sur le long combat historique mené en France par les femmes pour conquérir leur pleine citoyenneté, du droit de vote obtenu en 1945 jusqu’à la légalisation de l’avortement en 1975.

Mais pour elle, le chemin reste inachevé : « Malgré les avancées, les inégalités économiques persistent et les violences demeurent massives. »

©Eric Séveyrat – Isabelle Rome pointe le doigt sur une convergence universelle des attaques contre les femmes de la part des extrémismes, qu’ils soient religieux, politiques ou idéologiques.

Isabelle Rome a particulièrement insisté sur le caractère « structurel » des violences sexistes et sexuelles, en s’appuyant sur la Convention d’Istanbul. « Face à une violence structurelle, il faut des réponses structurelles« , a-t-elle martelé.

L’ancienne ministre a évoqué les freins auxquels se heurtent encore les victimes au moment de porter plainte, rappelant le poids de l’emprise psychologique. « Quand une femme vous dit qu’elle se sent comme une serpillière, on mesure à quel point il est difficile pour elle d’imaginer l’après. »

Parmi les avancées récentes, Isabelle Rome a défendu le dispositif Pack nouveau départ, qu’elle avait initié au gouvernement (2022-2023). Il permet un accompagnement global dès le dépôt de plainte : aide financière, soutien psychologique, garde d’enfants, insertion professionnelle. « L’idée est simple : protéger immédiatement pour permettre de reconstruire. »

Isabelle Rome rappelle que l’accès au droit et l’égalité femmes-hommes restent une question démocratique

Autre progrès notable selon elle : l’accélération des ordonnances de protection, passées de 40 jours à six jours, voire 24 heures dans les situations les plus graves. Mais la magistrate reste lucide : « Le nombre de féminicides ne baisse pas. C’est une tragédie collective. »

Au-delà de la réponse judiciaire, Isabelle Rome a plaidé pour une meilleure articulation entre magistrats, police, collectivités et associations. Un point sur lequel Michèle Vianès a insisté à son tour, rappelant le rôle essentiel des structures d’accompagnement dans « l’accès primaire aux droits« .

Isabelle Rome fustige toutefois, « des attaques injustes et politiques contre la justice. Il faut souligner, par exemple, que Gisèle Pélicot a été satisfaite de son procès, affirmait l’ancienne ministre. En revanche, on ne peut pas nier la victimisation secondaire lorsqu’un avocat enfonce une victime au procès… »

L’intervention a aussi pris une dimension internationale. Isabelle Rome a alerté sur le « backlash » observé à l’ONU et dans plusieurs pays contre les droits des femmes. « Quand un pays recule sur les droits des femmes, cela concerne toutes les femmes dans le monde. »

Malgré ce contexte tendu, elle refuse tout fatalisme. « Quand on soulève une chape de plomb, il faut être prêt à gérer ce qui en sort. Mais c’est le prix du progrès. » Un message d’espoir autant qu’un appel à poursuivre le combat.





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