Avec le développement constant de l’intelligence artificielle (IA), les institutions financières en France et dans le monde entier sont confrontées à une nouvelle vague de risques sans précédent. Une révolution technologique méconnue qui tend à s’intensifier dans les prochaines années, défiant ainsi notre souveraineté numérique.
Publié le 30 juin 2026, le rapport annuel de l’Autorité des marchés financiers (AMF), « Cartographie des marchés et des risques », fait état d’une situation préoccupante autant pour les marchés financiers que pour les petits épargnants.
Anthropic, OpenAI, Google, ces sociétés vous évoquent sûrement quelque chose. Elles sont toutes à l’origine d’avancées considérables dans le domaine de l’intelligence artificielle et dans les modèles dits « frontières ». Ce type de modèles – dont les plus récents sont inaccessibles au public – étend largement les capacités des précédentes IA appelées « Agentic », comme Copilot de Microsoft, capable de prendre certaines décisions en autonomie.
Ces nouvelles IA se caractérisent par des performances hors norme, leur permettant de découvrir des failles parmi les plus complexes à résoudre. Le progrès de l’intelligence artificielle est tel qu’elles peuvent, par exemple, « exécuter certaines tâches d’intrusion en environ six heures contre quatorze heures pour un expert humain ».
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L’IA comme amplificateur et accélérateur des cybermenaces
Un des gros problèmes qui touchent les infrastructures financières aujourd’hui, c’est qu’elles sont dépendantes et « concentrées sur un nombre limité d’acteurs ». Ces derniers permettent le fonctionnement de la majorité des systèmes de paiement ou de transfert d’argent. Si un de ces « acteurs » tiers est alors compromis par une attaque cyber, c’est tout l’environnement ainsi que tous ses clients qui en pâtissent.
Par ailleurs, l’accès à un grand nombre d’informations, sur internet ou à la suite de fuites de données, permet à des acteurs malveillants sans réels moyens techniques et financiers de réaliser de grandes opérations criminelles. Le secteur financier, où les données volées ont énormément de valeur due à leur confidentialité, est particulièrement visé. L’AMF précise que « 64% des attaques menées par des cybercriminels […], ont concerné des violations de données ».
En février 2026, la direction générale des Finances publiques avait indiqué que le fichier national des comptes bancaires comprenant une liste de coordonnées bancaires (RIB/IBAN) avait été compromis par des acteurs malveillants.
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35 millions de dollars dérobés avec un faux Elon Musk
Avec ces données sensibles, souvent rachetées sur le dark web, on assiste, selon l’AMF, à une « industrialisation des fraudes ». L’intelligence artificielle assimile vos informations personnelles pour mieux vous duper et vous soutirer des informations ou de l’argent. C’est ce que l’on appelle du phishing, ou en français l’« hameçonnage ».
L’automatisation grandissante de l’IA ne menace pas uniquement les institutions financières. En 2025, le service d’aide aux épargnants de l’AMF a reçu 11 262 signalements d’arnaques, soit une augmentation de 37% par rapport à l’année précédente. Aujourd’hui, ce sont aussi les particuliers qui deviennent des cibles de choix.
Avec un taux d’épargne qui reste élevé en France cette année (environ 18%), les jeunes sont tentés par l’apparition de banques et autres « néo-brokers » (nouveaux courtiers). Ces applications entièrement en ligne proposent des solutions d’épargne propulsées par d’immenses campagnes de promotion, essentiellement sur les réseaux sociaux. Ainsi en 2025, « plus de la moitié des transactions boursières étaient le fait d’investisseurs de moins de 35 ans ».
L’élargissement récent du public cible facilite en toute logique la mise en place d’activités frauduleuses : 16% des épargnants français déclarent « avoir été victimes d’une escroquerie sur un placement financier », et étonnamment, les jeunes sont les plus touchés, ils sont même 32% chez les moins de 35 ans.
Ce phénomène se manifeste par l’émergence de deepfakes créés par l’IA, « c’est-à-dire la création d’un contenu vidéo ou audio mettant en scène une personne à des fins malveillantes ». En mars 2025, la télévision suédoise révèle l’une des plus grandes fraudes à l’intelligence artificielle. Un réseau international basé en Géorgie a dérobé plus de 35 millions de dollars à des milliers d’épargnants dans le monde, utilisant des deepfakes d’Elon Musk sur les réseaux sociaux pour les convaincre d’investir sans jamais les rembourser.
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Avoir les clés en main pour réagir en temps et en heure
« On ne peut pas empêcher le traumatisme, c’est un constat de lucidité », rappelle Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie de Jizô AI. Les criminels auront dans la majorité des cas l’avantage de maîtriser leur cible. Ils décident du mode opératoire. Quand il est impossible de prévoir quand l’attaque surviendra, « la résilience » doit être la première réaction des victimes. Admettre qu’une attaque peut survenir, mais avoir les clés en main pour réagir en temps et en heure.
Pour l’expert en cybersécurité, « l’avenir passe par la capacité à observer en temps réel ce qui se passe sur le réseau. Si vous êtes capable de dire qui se connecte à quoi et dans quel but, un scénario de riposte peut s’appliquer, si nécessaire ». C’est pour cela que l’intelligence artificielle représente une solution pour le secteur financier et plus généralement pour tous les secteurs économiques sensibles. Il faut donc s’en servir pour « détecter ce qu’est un comportement habituel et ce qu’est un comportement anormal ».
Dans l’immédiat, des initiatives à l’échelle nationale et européenne ont cependant été mises en place pour lutter contre cette vague d’actes criminels, comme les CERT (Computer Emergency Response Team), où les acteurs et institutions du secteur financier parviennent à communiquer efficacement pour « documenter, caractériser et partager l’information, même entre concurrents commerciaux, pour mieux faire face à l’avenir contre les attaques cybercriminelles ».
Finalement, la formation et la prévention des risques dans toutes les entreprises, petites ou grandes, restent des moyens efficaces. Quand quelqu’un se voit « confier un ordinateur ou un smartphone […], il peut être une porte d’entrée à une intrusion malveillante », confie Nicolas Arpagian. À l’avenir, il est probable que tout le monde devra faire face à ce risque de menace, à titre personnel ou professionnel et, en conséquence, savoir adopter une réaction appropriée.