INFOGRAPHIES. 4,14% en France, 3,21% en Allemagne et même 4,56% aux États-Unis… Pourquoi les taux d’emprunt des États s’envolent au plus haut depuis la crise de 2008


Les taux d’intérêt de la dette publique ont continué à grimper cet été dans la plupart des grandes économies, alourdissant sérieusement le coût de leur endettement.

Des États-Unis à la France, les gouvernements ont les yeux rivés sur les taux d’intérêt de la dette publique, qui se sont hissés à des niveaux inédits depuis plusieurs années. Ces taux, qui correspondent aux prix que les États paient pour emprunter sur les marchés financiers, ont connu un mouvement général de hausse ces dernières semaines.

Avec un taux d’intérêt à environ 4,10% pour son obligation à 10 ans, la France ne s’était plus financée aussi cher sur les marchés depuis 2008, en pleine crise financière. Début janvier, ce taux n’était qu’à 3,50% et à environ 3% en janvier 2025. Même l’Allemagne, considérée comme la référence de la zone euro, connaît une flambée de son taux à plus de 3,20%, une première depuis 2011.

Les bons du Trésor américain ont dépassé les 4,70%, au plus haut depuis 2023, contre 3,90% fin février. À échéance trente ans, considérée comme le baromètre de la confiance des marchés à long terme, le taux américain a atteint 5,30%, sans précédent depuis 2007.

Toutefois, il faut avoir en tête que l’inflation grignote la valeur réelle des sommes remboursées par les États. Il faut donc la déduire si l’on veut estimer le taux réel d’un emprunt ou d’un placement. Pour l’Hexagone, sachant que la hausse des prix a été mesurée par l’Insee à 2,1% en juillet, le taux réel des emprunts français se situe donc autour de 2%.

Quelles raisons structurelles à cette flambée?

En France comme dans les autres pays européens, les taux ont commencé à nettement remonter à partir de 2022. La vague d’inflation post-Covid, aggravée par le choc énergétique causé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a conduit la Banque centrale européenne (BCE) à resserrer drastiquement sa politique monétaire.

Cela a marqué la fin d’une période de taux historiquement bas, qui allégait considérablement le coût de l’endettement des pays européens. En conséquence, le taux d’emprunt nominal de la France à dix ans a rapidement passé la barre des 3% et s’est maintenu autour de 3,5% jusqu’au printemps 2026. Il est reparti à la hausse cet été, pour se situer désormais à plus de 4%.

Les analyses estiment que les prêteurs réagissent notamment à la forte augmentation de la dette des États depuis près de 20 ans.

« Depuis la grande crise financière de 2008-2009, la dette publique n’a cessé d’augmenter dans le monde » et « on a des problèmes de dette élevée dans beaucoup de pays », explique Frederik Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique à la banque Pictet.

C’est le cas « en France évidemment, mais aussi aux États-Unis ou au Japon », renchérit Charlotte de Montpellier, économiste de la banque ING. Le montant de la dette américaine a ainsi dépassé cet été le seuil de 40.000 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu’en 2008.

« Dans d’autres pays qui avaient l’habitude de se serrer plutôt la ceinture, comme l’Allemagne, les déficits ont aussi augmenté », ajoute-t-elle. Berlin a notamment assoupli son traditionnel frein à l’endettement pour financer son réarmement et investir dans ses infrastructures vieillissantes.

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Conséquence: ces États émettent des titres de dette supplémentaires et « se battent un peu entre eux pour attirer les capitaux » des investisseurs, qui exigent de leur côté une prime de risque, indique-t-elle.

L’augmentation de l’offre tend à tirer les prix vers le haut, d’autant que les Etats se retrouvent en concurrence sur les marchés avec les géants de la technologie qui investissent, recourant aussi à l’emprunt pour financer l’intelligence artificielle, « aspirant » des centaines de milliards de dollars.

Y a-t-il d’autres facteurs conjoncturels?

L’inflation, provoquée par la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole, complique aussi l’équation. Les créanciers réclament d’être davantage rémunérés pour la compenser et conserver leur rendement réel. « Ces dernières semaines, on a vu une forte hausse des prix de l’énergie, qui a un peu accentué les craintes sur l’inflation », indique Charlotte de Montpellier.

Pour elle, d’autres facteurs jouent sur les taux, dont « l’incertitude sur la politique monétaire aux États-Unis » depuis l’arrivée de Kevin Warsh, nouveau patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), alors que « ce qui se passe aux Etats-Unis va avoir un impact très fort sur les marchés obligataires ».

Le président Donald Trump s’entretient avec le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, après la cérémonie d’investiture qui s’est déroulée dans la salle Est de la Maison-Blanche le 22 mai 2026 à Washington, DC. © Photo par ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Le flou qu’il a entretenu « a brouillé le message », donc « prêter à long terme devient plus risqué », estime-t-elle. En France, les incertitudes politiques liées à l’élaboration du budget mais surtout à l’élection présidentielle de 2027 ont aussi un impact.

« Il peut y avoir une prime de risque supplémentaire » en raison de l’instabilité politique ou du manque de contrôle budgétaire, « mais pas de crise de confiance » du type de celle qu’avait connue la Grèce dans les années 2010, estiment Mabrouk Chetouane et Romain Aumond, analystes de Natixis Investment Managers.

Comment ce phénomène affecte-t-il l’économie?

La hausse des taux a un effet direct sur les finances publiques: la charge de la dette – ce que dépensent les États pour payer leurs intérêts – augmente mécaniquement quand ils flambent. En France, le poste consacré au remboursement de la dette dans le budget est ainsi devenu le premier de l’État, devant celui de l’éducation (hors pensions), a rappelé à plusieurs reprises le gouvernement.

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Cela a pour effet de creuser le déficit et de contraindre les gouvernements à chercher des économies ailleurs, réduisant leurs marges de manoeuvre et pesant sur la croissance.

La hausse des taux d’intérêt affecte aussi l’économie en entraînant une augmentation des taux d’emprunt des ménages et des entreprises, avec un impact sur les crédits à la consommation ou immobiliers. « Pour l’économie, c’est une mauvaise nouvelle », résume Charlotte de Montpellier.



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