Énergie éolienne : Québec entre dans une nouvelle ère 


Le portrait des campagnes québécoises va changer au cours des prochaines années : il y aura « plus d’éoliennes, plus de pylônes, plus de lignes de transport » dans le paysage, promettait la PDG d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, en novembre 2025 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Plus d’éoliennes, comme dans « beaucoup plus ». Pour la première fois en près de 30 ans, la société d’État, qui jusqu’ici achetait son électricité éolienne de promoteurs privés, s’est lancée dans un grand chantier de 30 milliards de dollars, que certains qualifient même de « nouvelle Baie-James ». 

Entre juillet 2024 et la fin de 2025, Hydro-Québec a annoncé cinq mégaprojets éoliens pour un total de 12 000 mégawatts (MW). Ces futurs parcs seront deux, trois, cinq fois plus gros que tout ce qui a été tenté jusque-là sur le continent. Autre précédent : aucun promoteur privé n’est associé à leur réalisation. Ces parcs géants seront tous en copropriété entre Hydro-Québec, les MRC et les communautés autochtones du territoire, qui investiront à parts égales. 

Si l’on ajoute tous les parcs privés actuellement en construction ou prévus à ceux d’Hydro-Québec, quelque 1 600 nouvelles éoliennes seront déployées un peu partout sur le territoire d’ici 2035 et produiront 10 000 MW de puissance additionnelle. Et de 2035 à 2050, la société d’État en implantera encore autant.

Avec ses 4 000 MW déjà installés dans 45 parcs depuis 1998, le Québec est actuellement le deuxième producteur après l’Ontario (5 500 MW), juste devant l’Alberta (3 600). D’ici 2050, Hydro-Québec aura multiplié sa production éolienne par six, voire sept. Le Québec disputera alors le trophée de géant canadien avec la Nouvelle-Écosse, seule autre province à avoir annoncé un plan ambitieux — 40 000 MW d’énergie éolienne en mer. Une vision diamétralement opposée à l’attitude américaine sous Donald Trump, qui a fait annuler neuf très grands projets éoliens, dont les contrats ont été rachetés pour deux milliards et demi de dollars. 

Actuellement, les éoliennes qui émaillent les campagnes verdoyantes du Québec sont réunies en petits parcs de 24 à 400 MW. Ceux-ci appartiennent presque tous à des promoteurs, la plupart du temps en partenariat avec les collectivités, à qui ils versent des redevances. 

La société d’État ne jette pas ce modèle dans les fossés : elle va continuer d’acheter l’électricité des Innergex, Boralex, Kruger Énergie ou EDF. Elle a même lancé trois appels d’offres en 2021, 2023 et 2026 pour leur permettre de créer plus de ces petits parcs, là où ils peuvent les raccorder au réseau sans travaux additionnels. Mais ces partenariats ne suffiront pas à répondre aux besoins. 

Le coup de vent qui a fait bouger Hydro-Québec, c’est son association avec Boralex et Énergir en 2020 dans le projet Des Neiges. Ce complexe de 1 200 MW, le plus gros du continent, nécessite l’installation de quelque 175 turbines au sommet des montagnes de la seigneurie de Beaupré, entre Charlevoix et le mont Saint-Anne. Hydro-Québec en a tiré une grande leçon : un chantier de cette ampleur permet de grosses économies d’échelle et un coût très nettement sous les 8 ¢ le kilowattheure, soit beaucoup moins que celui d’un barrage, explique Mathieu Johnson, vice‑président principal aux partenariats et au développement. La société d’État a conclu que l’avenir n’appartiendrait plus aux petits projets locaux, mais aux grands parcs de 1 000 MW et plus construits et exploités par elle en copropriété avec les communautés autochtones et les MRC.

Hydro-Québec n’a pas vraiment d’autre choix que de viser plus gros. La demande d’énergie, après presque 20 ans de plafonnement, est repartie de plus belle sous l’effet de la transition énergétique. Avant même que le gouvernement du Québec ne formule en 2020 son Plan pour une économie verte, les ménages et les entreprises avaient déjà commencé à décarboner les transports, les usines, le chauffage, et à réduire leur dépendance au pétrole. La pointe de puissance du réseau est ainsi passée de 36 800 MW en 2016 à 41 500 en 2025. Sur la même période, la consommation en térawattheures a augmenté de presque 10 % — une hausse énorme pour un réseau comme celui d’Hydro-Québec, qui produit le tiers de l’électricité canadienne. « On travaille à notre sécurité énergétique », dit Mathieu Johnson, qui pilote l’ambitieux projet.

Les deux principaux chantiers annoncés s’appellent Gespe’gewa’gi (6 000 MW en Gaspésie) et Chamouchouane (3 000 MW au Saguenay–Lac-Saint-Jean). Les trois autres, de 1 000 MW chacun, se trouvent dans le Bas-Saint-Laurent (on les a nommés Wocawson et Wetsok) et à cheval sur le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Haute-Côte-Nord (Nutinamu-Chauvin).



Le plus avancé, la phase 1 du projet Chamouchouane, produira une première tranche de 600 MW sur un potentiel de 3 000. La mise en service est prévue pour 2031. Dans le cas de Nutinamu-Chauvin et de Wocawson, la société d’État a déployé une dizaine de mâts de mesure du vent, et les études sont bien amorcées pour un démarrage avant 2035.

Les deux plus gros projets, la phase 2 de Chamouchouane (2 400 MW) et tout le potentiel gaspésien, sont encore en attente, tout comme Wetsok. Car Hydro-Québec doit d’abord renforcer son réseau en construisant des centaines de kilomètres de lignes à haute tension assorties de plusieurs gros postes électriques. Ainsi, vers Rivière-du-Loup et Matapédia (au sud de la péninsule gaspésienne), Hydro-Québec prévoit 435 km de nouvelles lignes à haute tension : l’affaire coûtera cinq milliards de dollars et il faudra 10 ans pour la planifier et la construire. 

La Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (ex-Malécites de Viger, à Cacouna) participera à la mise sur pied des projets Wetsok et Wocawson par l’intermédiaire de l’Alliance de l’énergie de l’Est, dont elle est actionnaire au même titre que les 16 MRC du territoire et qui assure le développement éolien de la péninsule. Son grand chef, Jacques Tremblay, vante la nouvelle approche d’Hydro-Québec. « Ce qu’on aime, c’est d’être impliqués dans la réflexion au départ. On n’est pas pris pour approuver un plan d’affaires prénégocié de 100 pages comme ça se fait souvent dans les appels d’offres classiques. On n’a pas non plus l’impression de se faire utiliser par un développeur pour gagner des points dans l’appel d’offres. »

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En attendant sa « nouvelle Baie-James », la société d’État continuera de compter sur les petits parcs éoliens, dans lesquels quelque 300 collectivités locales (municipalités, MRC et 12 communautés autochtones) ont déjà investi, pour la plupart en partenariat avec un promoteur. Et le monde municipal en redemande, assure Gérald Beaulieu, maire de Baie-des-Sables. 

Cette petite municipalité à l’est de Rimouski a accueilli en 2006 l’un des premiers parcs éoliens, celui du promoteur Innergex. « Les municipalités ne touchent aucune forme de redevance pour les ressources extraites chez elles, que ce soit les pêcheries, la forêt ou les mines. Sauf pour l’éolien, qui représente une diversification des revenus et des possibilités de développement. Et ce vent-là, il est à nous », dit Gérald Beaulieu.

Le maire espère que le contrat signé en 2006 avec Innergex, qui venait à échéance en 2026, sera bientôt renouvelé. « Chaque année, les rentrées d’argent de l’éolien constituent 8 % d’un budget municipal de 1,7 million de dollars, précise-t-il. Ça ne compte pas la subvention récurrente du promoteur de 20 000 dollars, réservée à nos OBNL, ni les 440 000 dollars de redevances aux agriculteurs. »

Baie-des-Sables touchera encore davantage d’argent lorsque se déploieront les grands parcs éoliens dans la région. C’est que les élus de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent ont voulu très tôt répartir la manne de la manière la plus égalitaire possible. Les 209 municipalités ont accepté de transférer leur compétence en matière d’énergies renouvelables à leur MRC. Ces MRC se sont ensuite regroupées en régies régionales qui, en 2021, se sont fondues au sein de l’Alliance de l’énergie de l’Est. Celle-ci gère désormais toute la filière de Montmagny jusqu’à Gaspé. 

Vue aérienne de la route 132 dans la péninsule de Gaspé, qui dispose d’un fort potentiel éolien. (Photo : Onfokus / Getty Images)

« Notre territoire n’est pas à vendre, il est à développer », dit Michel Lagacé, maire de Saint-Cyprien, préfet de la MRC de Rivière-du-Loup et principal architecte de cette forme de partenariat unique au Québec. « On n’a pas voulu de développement à deux vitesses. Peu importe où vont les éoliennes, c’est un tout : toutes les municipalités empruntent pour investir et tout le monde en profite équitablement. » L’Alliance a établi une liste de 35 conditions pour tout projet éolien, explique-t-il, et aucun promoteur ne peut discuter avec une municipalité. « Il doit négocier avec l’Alliance. »

En raison de la nature confidentielle des contrats et de la diversité des formules de partage des bénéfices, il est très difficile de généraliser les retombées locales. Par exemple, l’Alliance redistribue une partie du profit uniformément entre les municipalités, mais chaque MRC touche aussi sa part du pactole — pour la MRC de Rivière-du-Loup, c’était 7,6 millions de dollars en 2025.

Les trois communautés micmaques de Gesgapegiag, Gespeg (Gaspé) et Listuguj (Restigouche) ont été la première nation autochtone du Québec à se lancer dans l’aventure éolienne, en 2014, en partenariat avec la société Innergex. 

Quand on parcourt les rues de la réserve micmaque de Gesgapegiag (ex-Cascapédia), dans la Baie-des-Chaleurs, on est immédiatement frappé par les très nombreuses nouvelles constructions — une cinquantaine de maisons et de duplex, ce qui est beaucoup sur un territoire de 700 habitants. « Les résultats ont surpassé nos attentes. Chaque communauté investit les retombées selon ses priorités. Ici, à Gesgapegiag, c’est l’habitation, la santé, l’éducation, les services sociaux, la police », souligne Frédéric Vicaire, PDG de la Société Mi’gmawei Mawiomi, bras économique des trois communautés micmaques. Grâce à la rente éolienne, cette société a pu acquérir des parts importantes d’une entreprise d’entretien d’éoliennes, une société informatique et une copropriété dans l’hôtel Hilton de Québec.

Comme les communautés autochtones n’ont pas la capacité d’emprunt des municipalités, Hydro-Québec s’est assurée qu’elles auraient les moyens de participer. Elle a donc convaincu la Banque de l’infrastructure du Canada et la Banque Nationale de créer pour elles une enveloppe de cinq milliards de dollars, réservée aux projets éoliens.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où la filière éolienne est encore balbutiante, on regarde avec envie le modèle de l’Alliance de l’énergie de l’Est. « On étudie sérieusement la formule », dit Yanick Baillargeon, préfet de la MRC du Domaine-du-Roy, copropriétaire des futures installations du projet Chamouchouane avec les communautés autochtones de Mashteuiatsh (innue) et de Wemotaci (attikamek). « Mais pour l’instant, on s’est réunis en comité pour maximiser les retombées régionales. »

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Chez les partisans de l’éolien, la principale déception concerne les retombées industrielles de la filière. « Pour le premier appel d’offres, en 2003, Québec avait imposé des règles de contenu québécois, ce qu’aucun autre gouvernement ailleurs ne faisait à l’époque », dit Vincent Trudel, PDG de Marmen. Cette société trifluvienne, qui a ouvert deux autres usines à Matane et au Dakota du Sud, a fabriqué les tours des trois quarts des quelque 1 700 éoliennes québécoises. Et le fabricant de pales LM Wind Power a installé à Gaspé une usine de 500 employés. 

« Malheureusement, cet aspect a été négligé dans les appels d’offres de 2021 et 2023 », déplore Vincent Trudel, dont l’entreprise exporte désormais 80 % de sa production. Quant à LM Wind Power, cette filiale de General Electric réserve maintenant toute sa production aux parcs de la multinationale aux États-Unis. Certes, le secteur de la construction profite du développement éolien, et l’entretien est souvent assuré par des entreprises locales, mais le Québec ne compte ni fabricant de nacelles ou de turbines ni concepteur de logiciels spécialisés.

Vincent Trudel se réjouit de voir revenir la volonté d’assurer de meilleures retombées. « Pour l’appel d’offres de 2026, Hydro va accorder des points additionnels aux projets qui s’engagent vers du contenu québécois, dit-il. Mais on a perdu 10 ans. »

Aux yeux de Frédéric Côté, directeur général de Nergica, un centre de recherche sur les énergies renouvelables établi à Gaspé, le développement industriel s’est étiolé parce que le gouvernement a voulu maximiser les retombées municipales et communautaires. « Il faudrait faire les deux, parce que les retombées en matière d’emploi et d’industrie représentent du concret qui rehausse l’acceptabilité sociale des projets. »

Il reste que les parcs à venir, qui seront implantés dans presque toutes les régions du Québec, en bousculent plus d’un. La nouvelle génération d’éoliennes est beaucoup plus puissante (sept mégawatts au lieu de deux en moyenne présentement) et plus grosse (des mâts de 200 m, soit le double de la hauteur actuelle). Certains de ces parcs compteront jusqu’à 50, voire 60 de ces géantes. Une cinquantaine de comités citoyens aux noms évocateurs (Éoloin, Vent d’élus, Toujours Maîtres chez nous, etc.) se sont rassemblés sous la bannière du Regroupement vigilance énergie Québec (RVEQ).

« Ça fait 20 ans qu’on dit que les citoyens doivent être consultés », affirme Janie Vachon-Robillard, porte-parole du collectif « Pour un choix éclairé dans Nicolet-Yamaska » et fondatrice du RVEQ. « Il va y avoir des manifs, des appels à la désobéissance civile s’il le faut. On craint les effets sur le paysage, la faune, le voisinage et le milieu agricole, résume-t-elle. Mais les projets divisent aussi souvent les populations, et [ceux gérés directement avec les promoteurs] placent souvent les élus en situation de conflit d’intérêts. »

En 2023, son groupe a suscité une importante mobilisation citoyenne en réaction à trois projets concurrents des sociétés Innergex, Kruger et EDF pour construire dans Nicolet-Yamaska environ 70 éoliennes produisant 400 MW. « On l’a appris dans les journaux. On était plus de 200 citoyens dans les conseils municipaux. La MRC a décidé de remettre ça au prochain appel d’offres, alors on sait que c’est en train de revenir. » 

Gérald Beaulieu, le maire de Baie-des-Sables, est étonné de constater à quel point les préoccupations exprimées en 2026 sont un copier-coller de celles d’il y a 25 ans, lorsque la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent se sont engagés dans la filière éolienne. « Chez nous, on a 85 % d’acceptabilité sociale, tout le monde veut qu’on renouvelle le contrat, dit-il. Je comprends ceux qui sont inquiets, ces préoccupations ne sont pas illégitimes, mais venez nous visiter, posez des questions. On l’a vécu, on l’a géré. »

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«Il est faux de prétendre que l’éolien est sans impact ; il y a de bonnes raisons de bien considérer chaque projet. Mais il existe des normes et des solutions », tempère Yanick Léveillée, directeur du parc éolien Pierre-De Saurel, à 25 km au sud-est de Sorel, lequel a été financé à 100 % par la collectivité. « L’effet sur le voisinage est indéniable. Les projections de glace, par exemple, c’est un risque réel, mais qui se gère avec des distances minimales à respecter. Alors oui, il a fallu changer le tracé du sentier de motoneige » pour éviter qu’un motoneigiste ne soit blessé par un glaçon. 

Quand on roule dans la plaine du Bas-Richelieu, on voit soudain poindre au milieu des champs la douzaine d’éoliennes de ce petit ensemble. Pour le « Dîner du maire » de Massueville, un village enclavé dans Saint-Aimé, à une vingtaine de kilomètres de Sorel, la direction du parc a organisé un voyage de deux autobus pour permettre aux résidents d’aller contempler de près ces géantes paisibles qui brassent l’air montérégien. « Les gens sont très curieux de leur fonctionnement, des aménagements, de la manière dont on les exploite », dit Yanick Léveillée.

Ils en trouveront bientôt d’autres à visiter, car la MRC, qui inclut la ville de Sorel-Tracy, mijote avec le promoteur privé Hydroméga un second parc de 35 éoliennes qui produiront 250 MW à une vingtaine de kilomètres au nord de Massueville. On espère qu’elles seront encore plus profitables que les petites éoliennes du premier aménagement, qui ont rapporté six millions de dollars à la MRC en 2025.

Yanick Léveillée raconte recevoir à l’occasion des visiteurs qui cherchent les « mouettes éventrées ». « Certains parcs ont eu à gérer des problèmes d’oiseaux, pas nous. Ici, c’est plutôt les chauves-souris. » Les chiroptères ne sont pas heurtés, mais assommés par la variation de pression créée par le mouvement des pales devant le mât. Si le mammifère passe au mauvais moment, paf ! « On a donc installé un logiciel qui limite le mouvement des pales quand les conditions sont propices au passage des chauves-souris. »

Il relativise la question du bruit, qui est de toutes les conversations. « La campagne, ça peut être assez bruyant avec la machinerie et les ventilateurs de grange. Le vent dans les feuilles fait souvent plus de bruit que l’éolienne », dit-il. Puis il montre les trois porcheries voisines au pied des éoliennes. « Après le démarrage du parc, leur propriétaire en a bâti une quatrième à 60 m de l’éolienne PS-08. » Quand on se place sous cette dernière, on entend bel et bien le sifflement des pales, ainsi que les grognements des porcs dans la porcherie tout près.

Dans le Bas-Saint-Laurent, le maire de Baie-des-Sables insiste sur le fait que les agriculteurs de la région ont soutenu l’éolien dès le jour 1. Une éolienne et son chemin d’accès nécessitent peu d’espace au sol : un demi-hectare, jusqu’à deux pour les plus grosses. Le propriétaire du terrain reçoit du promoteur une compensation annuelle de 5 000 dollars par mégawatt. Pour une éolienne de deux mégawatts, cela représente un chèque de 10 000 dollars — quatre fois plus que la production d’un hectare de maïs au prix courant !

Propriété de Kruger Énergie, le parc éolien Kémont, en Montérégie, comporte 44 éoliennes. (Photo : Christinne Muschi / La Presse Canadienne)

Au Québec, la Commission de protection du territoire agricole doit avaliser l’implantation de chaque éolienne. Et le ministère de l’Agriculture oblige ses exploitants à mettre en place un plan de restauration de sept ans pour corriger les dommages causés par la construction. « Mais, convient Yanick Léveillée, c’est vrai qu’à l’emplacement même de l’éolienne, il ne poussera plus une carotte. »

L’UPA a beaucoup protesté contre le développement de l’éolien en zone agricole. Cependant, en plus de s’engager à protéger les terres de meilleure qualité, Hydro-Québec a accepté de verser 12 500 dollars par mégawatt en zone agricole dans le fonds de la relève de l’Union, ce qui pourrait représenter plusieurs dizaines de millions de dollars.

Jean Trudel, PDG d’Innergex, maintient que malgré la contestation, beaucoup de gens sont d’accord avec le développement de la filière. Cette société, propriété de la Caisse de dépôt et placement du Québec, exploite sept parcs et en construit actuellement deux autres. « On a toujours travaillé en collaboration avec les milieux. On n’est donc pas nerveux, mais on sait qu’on doit faire un travail de communication et de démystification auprès de la population. »

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui intervient à la demande du public, a produit à ce jour 33 rapports sur l’énergie éolienne, ce qui est nettement moins que les 45 parcs existants et la vingtaine de nouveaux en construction ou à l’étude. « Pour notre premier projet en 2014, personne n’a demandé un BAPE, dit Frédéric Vicaire, de Gesgapegiag. Pour le second, il y a eu une audience. Trois ou quatre personnes sont venues. »

En règle générale, les mégaprojets éoliens d’Hydro-Québec suscitent beaucoup moins de grogne que les petits, pour deux raisons. D’abord, Hydro-Québec a choisi des zones peu peuplées, dans des secteurs de coupes forestières. Surtout, elle s’y engage en strict partenariat avec les collectivités locales, qui sont de toutes les décisions et consultations. Alors que les promoteurs imposent généralement des clauses de confidentialité, pour des questions de concurrence.

Hervé Simard, préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, laquelle est copropriétaire des futures installations du projet Nutinamu-Chauvin avec la communauté innue d’Essipit, juge essentiel cet effort de transparence. « On a rencontré toutes les zecs, tous les clubs de motoneige. On tient compte des villégiateurs, mais aussi des pêcheurs et des chasseurs. Et nos partenaires d’Essipit font la même chose. L’acceptabilité sociale, ça se construit. »



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