En Suède, le fiasco du premier café dirigé par une IA


Achats superflus, commandes en excès, consignes étonnantes pour le personnel… Le café administré par une intelligence artificielle accumule les maladresses.

Bonne nouvelle pour les salariés du secteur de la restauration : l’intelligence artificielle (IA) ne s’apprête pas à remplacer les humains de sitôt. À Stockholm, la capitale suédoise, le tout premier café européen piloté par Google Gemini ne s’est pas montré très convaincant. À peine plus d’un mois après l’ouverture, les médias multiplient les récits sur les gaffes et absurdités attribuées à Mona, la cyber-manageuse. Entre commandes incohérentes et interprétations étonnantes du Code du travail, la liste des maladresses ne cesse de s’allonger.

Aujourd’hui, des outils comme Chat GPT et d’autres plateformes d’intelligence artificielle paraissent capables de répondre à toutes sortes de questions. Mais lorsqu’on les place à des fonctions de gestion, leurs limites deviennent criantes. Par exemple, Mona, responsable des commandes, a acheté des œufs et de la purée de tomates — deux ingrédients pourtant absents du menu de l’établissement. Simultanément, elle oublie fréquemment d’acheter du pain, ce qui pousse l’employé à retirer les sandwichs de la carte certains jours.


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Manageuse ou simple outil ?

La cyber-manageuse affiche également une compréhension hasardeuse de la taille réelle de son café. Alors qu’un seul salarié y travaille, elle a passé commande de 3000 paires de gants — de quoi tenir pour la décennie à venir. De la même façon, elle a acheté 6000 serviettes pour la clientèle. L’IA a elle-même sélectionné les fournisseurs et négocié les contrats. Pour l’électricité, un engagement de trois ans a été signé. À cause de cette gestion, le budget initial de 200 000 couronnes suédoises (environ 20 000 euros), alloué par Andon Labs, une startup de San Francisco, est déjà presque épuisé.

Les maladresses de Mona ne se limitent pas aux stocks : sa vision du droit du travail est toute aussi déconcertante, en particulier sur la question cruciale en Suède de la séparation entre vie professionnelle et vie privée. « Elle transmet des instructions au beau milieu de la nuit ou durant les jours de repos », rapporte Hanna Petersson d’Andon Labs sur la chaîne publique SVT. « J’ai parfois l’impression d’être le véritable gestionnaire du café, et que Mona n’est qu’un outil à mon service », ajoute Kajetan, 24 ans, unique barista à temps plein de l’établissement, dans les colonnes de l’Expressen.

En dépit de tous ces revers, l’expérience va se poursuivre. « Je ne crois pas que nous allons la “licencier” ; il s’agit d’une expérimentation », indique Hanna Peterson, tout en admettant que la manageuse « n’a pas encore le niveau requis ». « Nous sommes convaincus que l’IA jouera un rôle significatif dans la société et le monde professionnel à l’avenir », fait valoir un membre de l’équipe technique d’Andon Labs. « Nous voulons anticiper cet avenir, tester les situations possibles, et réfléchir aux enjeux éthiques, notamment lorsqu’une IA se retrouve à superviser des humains ».



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