Ces quatre experts devront rendre leurs conclusions en juillet afin d’éclairer le débat sur le budget 2027. Ils auront notamment pour mission de proposer une répartition des efforts budgétaires nécessaires entre l’État, la Sécurité sociale et les collectivités.
Entamés il y a déjà plusieurs semaines, les travaux préparatoires du budget 2027 se poursuivent, avec le lancement prochain d’un exercice inédit à l’initiative de Bercy. Alors que le conflit au Moyen-Orient ne fait qu’accroître les inquiétudes sur un nouveau dérapage du déficit public (déjà estimé à 5% du PIB pour fin 2026), le gouvernement a décidé de faire appel à des experts extérieurs pour y voir plus clair.
Avec l’appui de l’Inspection générale des Finances, quatre économistes se sont vus confier la mission de dresser un état des lieux des comptes publics. Il s’agit de Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique, Xavier Ragot, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Jean-Luc Tavernier, inspecteur général des finances et ancien directeur général de l’Insee et de Natacha Valla, doyenne de l’École de Management et d’Innovation à Sciences Po.
Établir des scénarios de redressement des comptes publics
Ces quatre experts devront dans un premier temps établir une projection d’évolution des recettes et des dépenses publiques sur la période 2027-2030. Ils tiendront notamment compte du fait que certaines dépenses sont déjà amenées à augmenter mécaniquement. C’est par exemple le cas des dépenses de protection sociale, et en particulier des retraite, compte tenu de l’évolution démographique du pays, mais aussi de dépenses liées à des engagements pris par l’exécutif (hausse du budget des Armées, investissements dans l’énergie nucléaire…).
Cette première étape aura pour objectif d’identifier les principaux facteurs contribuant à la dégradation des comptes publics, souligne le cabinet du ministre des Comptes publics, David Amiel. Après quoi, les économistes seront chargés de proposer des scénarios permettant de réduire progressivement le déficit, de façon à se rapprocher de l’objectif des 3% actuellement prévu à horizon 2029.
Bercy précise que ces travaux indépendants n’ont pas vocation à faire travailler les experts sur un programme complet de mesures. Ils devront uniquement proposer une répartition des efforts nécessaires entre les trois sphères que sont l’État, la Sécurité sociale et les collectivités locales. Ces efforts devront être présentés en pourcentage du PIB mais surtout en milliards d’euros pour avoir une quantification plus précise et concrète, prévient le ministère.
Nourrir les débats parlementaires
La création de ce club d’experts était une recommandation de la Cour des comptes. Leurs conclusions devront être détaillées dans un rapport qui sera rendu public en juillet, l’idée étant que ce document puisse apporter un éclairage objectif sur l’état des finances publiques aux parlementaires avant l’ouverture des débats sur le budget prévu à l’automne. Une « opération transparence », selon David Amiel, invité de France 5 ce mardi. De son côté, le gouvernement pourra bien entendu se saisir s’il le souhaite de ces travaux pour bâtir son projet de loi de finances 2027.
Rappelons que pour l’heure, en l’absence d’efforts supplémentaires, le FMI juge inatteignable l’objectif de déficit public à 3% du PIB en 2030. L’institution de Washington, qui a appelé la France à « réorienter ses dépenses courantes et sociales vers les dépenses prioritaires, table même sur un trou budgétaire équivalent à 6,1% de la richesse nationale à cet horizon. D’où la nécessité pour le gouvernement de proposer des mesures correctives. Les ministères, à l’exception de la Défense, ont d’ores et déjà été appelés à « diminuer » leurs dépenses pour le budget 2027 et à « maîtriser leurs effectifs » afin de contribuer au respect de la trajectoire budgétaire.
Mais à un an de l’élection présidentielle et alors que l’Assemblée nationale est fragmentée, l’exécutif sait bien qu’il sera très difficile de trouver un consensus. Au point que l’hypothèse d’une reconduction du budget 2026 l’an prochain n’est pas exclue. Mi-avril, le gouvernement a d’ailleurs chargé l’inspection générale des finances (IGF) de plancher sur les conséquences d’un tel scénario, qui s’est déjà produit à deux reprises, en 2025 et 2026, faute d’adoption du budget de l’État dans les temps.
