Alors que le gouvernement tablait sur un déficit limité à 5% du PIB cette année, des prévisions avertissent qu’il pourrait grimper à 5,9% en 2027 puis 6,8% d’ici 2030. Selon la dernière situation budgétaire publiée par Bercy, les comptes sont alourdis par une hausse de 18% du coût de la dette au premier semestre.
Jusqu’où le déficit de la France se creusera-t-il ? Le gouvernement avait promis à Bruxelles qu’il n’excéderait pas 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2030. Sébastien Lecornu espérait le limiter à 5% cette année. Mais un groupe d’experts récemment missionné par Bercy prévenait qu’il pourrait atteindre 5,9% du PIB en 2027, puis 6,8% en 2030. Sur le trimestre, les dépenses budgétaires ont, en tout et pour tout, augmenté de 12,4 milliards d’euros à périmètre courant, indique la situation mensuelle budgétaire publiée ce mardi 4 août par Bercy.
Le Trésor a consacré d’importantes enveloppes à l’accroissement des dépenses militaires puisque le Parlement a adopté, le 1ᵉʳ juillet, une nouvelle loi de programmation militaire qui augmente le budget de la Défense de 36 milliards d’euros sur la période 2026-2030. Les charges de service public de l’énergie (liée notamment à la baisse des prix de marché de l’électricité) ainsi que les compensations d’exonérations de cotisations sociales ont également pesé dans les dépenses.
Le déficit public plombé par les conséquences de la guerre
Mais c’est surtout le coût de la dette de l’État qui inquiète les économistes de Bercy. Car cette charge a bondi de plus de 5 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, par rapport au premier semestre 2025. L’équivalent d’une hausse de plus de 18% qui pèse dans le budget du contribuable. La loi de finances prévoyait que la dette de l’État ne lui coûte pas plus de 58,6 milliards d’euros. Mais elle atteint déjà 34,5 milliards d’euros entre janvier et juin. Et cela ne risque pas de s’arranger.
En avril, le ministre de l’Économie Roland Lescure estimait que la guerre au Moyen-Orient pourrait coûter entre 4 et 6 milliards d’euros, selon la durée du conflit. L’État a en effet débloqué de vitales et coûteuses mesures de soutien pour les filières les plus touchées par la flambée des prix du carburant, comme les agriculteurs, les pêcheurs ou les transporteurs routiers.
Pour l’heure, aucune mesure d’équilibrage n’a été mise en place pour taxer les superprofits engrangés par les groupes énergétiques ayant profité de la flambée des prix du carburant, à l’instar de Totalenergies.
Le coût exorbitant du roulement de la dette
La hausse des taux d’intérêt découlant du conflit en cours complique également la tâche de Bercy car chaque euro emprunté aujourd’hui coûte plus cher en intérêt que ce qui avait été budgété : pour rembourser ces anciens emprunts, la France doit réemprunter en émettant des OAT (obligations assimilables du Trésor, qui font office de reconnaissance de dette) et ces crédits contractés sur les marchés financiers internationaux lui coûtent aujourd’hui bien plus cher que par le passé.
Selon les prévisions du bureau d’analyses économiques Rexecode, relayées par Les Échos, le coût des seuls OAT de l’État devrait passer de 60,5 milliards d’euros environ en 2026 à près de 112 milliards d’euros en 2032.
