Entre la hausse des droits de douane américains, les attaques en mer Rouge et la flambée des prix du transport maritime, la filiale kényane d’Olvea doit faire face à une succession de crises géopolitiques. Pourtant, ces bouleversements ouvrent aussi la voie à de nouvelles perspectives pour l’industrie de transformation locale.
À proximité de Nairobi, d’imposants tas d’avocats attendent leur tour dans un vaste entrepôt avant d’être pressés pour en extraire l’huile. Dans cette usine appartenant au groupe français Olvea, le rythme de production est dicté aussi bien par les saisons agricoles que par les chocs géopolitiques internationaux. Le conflit au Moyen-Orient, les attaques menées par les Houthis en mer Rouge, les tensions commerciales avec les États-Unis : chaque événement vient modifier les équilibres d’une filière en pleine expansion.
« Ces avocats poursuivent leur maturation et seront bientôt prêts à entrer en production », explique Jean Arnaud Janvier, directeur d’Olvea Kenya. Une fois transformés, ces fruits donneront une huile très demandée sur le marché américain, où les tarifs restent particulièrement élevés. Olvea, qui possède déjà des implantations dans plusieurs pays africains pour la production d’huiles végétales, a décidé de parier sur cette filière dynamique.
« L’huile d’avocat est très consommée aux États-Unis, elle entre dans la composition de la mayonnaise et sert aussi à fabriquer des snacks américains, détaille Emmanuel Petiot, directeur des huiles végétales chez Olvea. En tant qu’entreprise PME-ETI normande déjà investie dans la production d’huile sur le continent africain — construire des usines, produire sur place — il nous a semblé naturel de prendre part au développement de l’huile d’avocat. »
Les tarifs douaniers instaurés par Trump redistribuent les cartes
Néanmoins, la politique commerciale menée par Washington assombrit les perspectives d’Olvea. L’augmentation des droits de douane américains frappe directement les exportateurs européens, au bénéfice de la concurrence venue du Mexique.
« Nous sommes désavantagés face au Mexique, principal producteur mondial d’huile d’avocat. Les Mexicains bénéficient d’une exonération des droits de douane pour l’accès au marché américain, alors que de notre côté, nous faisons face à une taxe de 10%. Ce décalage nous place d’emblée à 10% de désavantage comparé au Mexique. C’est problématique, mais il s’agit d’un fait contre lequel nous avons peu de prise. Notre stratégie consiste donc à viser l’excellence ici, en Afrique : obtenir les meilleurs rendements possibles, voire supérieurs à ceux du Mexique », explique Emmanuel Petiot.
Les répercussions des tensions géopolitiques vont au-delà : le commerce maritime mondial est fortement perturbé. La guerre au Moyen-Orient et les difficultés de navigation dans le détroit d’Ormuz ont fait bondir les coûts du fret maritime. Conséquence : l’exportation de fruits frais kenyans devient plus complexe, ce qui augmente la quantité de fruits destinée à la transformation locale. « Les blocages à l’exportation de fruits frais ont accru la disponibilité d’avocats pour la production d’huile, analyse Jean Arnaud Janvier, mais à l’inverse, comme pour tous les acteurs de la logistique internationale, les coûts et délais de transport entre l’Afrique et l’Europe ont eux aussi grimpé en flèche, le prix du fret ayant doublé, voire triplé. »
À lire aussiGuerre commerciale : en Afrique, les effets secondaires du bras de fer Pékin–Washington
Une huile à la rentabilité limitée
Bien avant la montée des tensions autour du détroit d’Ormuz, les attaques menées par les Houthis en mer Rouge avaient déjà contraint Olvea à détourner ses navires par le cap de Bonne-Espérance. Cela n’entame pas la détermination d’Emmanuel Petiot : « Ce sont des pertes sèches, tout simplement. Ces obstacles compliquent les investissements, on doit réfléchir à deux fois avant de lancer un nouveau projet. Mais au fond, cela nous pousse aussi à prendre de meilleures décisions. Il faut absolument franchir ces épreuves, garder en tête que cette situation est transitoire et continuer d’avancer. »
La rentabilité de la transformation reste en outre précaire : l’huile d’avocat présente un rendement assez faible. L’usine kényane peut traiter jusqu’à 160 tonnes de fruits quotidiennement, pour une production de seulement 16 000 litres d’huile.
À lire aussiL’avocat kényan en difficulté face à la concurrence venue du Pérou