Le lundi 25 mai au soir, Ferrari a ouvert un nouveau chapitre de son histoire en présentant la Luce. Pour au moins trois raisons, elle tiendra une place à part dans l’histoire du Cheval Cabre. La première, c’est évidemment sa motorisation 100% électrique, la seconde, son statut de voiture 5-places. La troisième, celle de faire une quasi-unanimité sur son look, mais pas forcément dans le bon sens.
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Que l’on s’appelle Ferrari ou Peugeot, Bentley ou Fiat, Porsche ou Opel, le renouvellement du style, pour rester désirable, n’est pas une option. Car la silhouette d’une voiture reste assurément le premier critère de choix. Mais l’exploration de nouveaux terrains n’accouche pas toujours du même résultat. Ainsi le Cheval Cabré vient de révéler la voiture qui pourrait être la moins aimée de son histoire. La nouvelle Luce, première 100% électrique de Maranello, n’a rien d’une Ferrari, si ce n’est son logo et quatre feux ronds à l’arrière.
Certes, les premières photos “espion” laissaient déjà présager d’une silhouette haute et longue en rupture avec le reste de la gamme et plutôt éloignée de l’idée que l’on se fait d’une voiture sportive de ce calibre. Mais après tout, le Purosangue n’est-il pas la preuve qu’un SUV peut donner envie au premier coup d’œil ? Or, c’est un sérieux coup de gueule que cette nouvelle Luce – qui signifie lumière en italien – a déclenché.
La déclaration forte de l’ancien patron de Ferrari
Notamment celui d’un ancien patron de la firme italienne. Luca di Montezemolo, aux rênes du Cheval Cabré entre 1991 et 2014, a été invité à réagir à la présentation de la Luce. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Italien de 79 ans ne s’est pas fait prier pour répondre et dézinguer l’arrivée de la nouvelle Luce. Si la fin de son idylle avec Maranello ne s’est pas déroulée en bon termes et qu’il fallait aussi s’attendre à ce que l’ancien dirigeant charge ses successeurs – une position facile à adopter –, les mots employés demeurent forts :
Si je dis ce que je pense, je ferais du mal à Ferrari. [il laisse un temps] On risque la destruction d’un mythe, ça me peine énormément. J’espère au moins qu’ils enlèveront le cheval cabré de cette voiture.
Et de conclure, en réponse à son interlocuteur lui rappelant l’importance de calibrer de nouveaux produits pour le marché chinois : “ça au moins, c’est une voiture que les Chinois ne nous copieront sûrement pas”. Une prise de position ferme, ton sur ton avec des milliers de déclarations vues sur les réseaux sociaux et que même les marchés boursiers semblent cautionner puisqu’au moment même de la présentation de la Luce, l’action Ferrari a dévissé comme rarement dans son histoire avec une chute de 8,37% sur la journée du 26 mai, la voiture ayant été révélée le 25 mai au soir.
Le designer de l’iPhone pour dessiner une Ferrari
Jonathan Ive, le designer “auteur” de l’iPhone de 2007 ou de l’Apple Watch en 2015, avait prévenu, la nouvelle berline électrique allait être “clivante”. Et l’on ne peut remettre en question la volonté d’une marque, si emblématique soit-elle, d’élargir son portefeuille de clients en jouant la rupture. Problème, dans le cas de Ferrari, rupture signifie surtout dilution. A jouer des surfaces lisses et de signatures lumineuses minimalistes pour habiller un gabarit de 5 mètres de long et 1,54 m de haut, la firme de Maranello vient surtout de présenter une voiture qui ressemble à n’importe quelle autre nouveauté électrique européenne, coréenne ou chinoise. En son temps, le premier Porsche Cayenne a défrayé le milieu automobile, mais il transpirait les codes Porsche, ce qui n’est pas du tout le cas de cette nouvelle Ferrari qui fait penser à un taxi autonome.
L’habitacle, plus original bien que résolument tourné vers le digital, ne sera qu’une maigre consolation, mais il faut quand même saluer l’effort fait pour évoquer les anciennes Ferrari des années 1970 avec une jante de volant extrêmement fine ou une instrumentation mêlant habilement le digital et l’analogique.
Une fiche technique pas au-dessus des autres
Le soufflet retombe aussi sec à l’évocation de la fiche technique. Quatre moteurs électriques et 1050 ch n’ont plus rien de très distinctifs dans l’industrie automobile électrique. Or à 550 000 € , Ferrari vend entre 7 et 10 fois plus cher un produit qui n’est pas plus performant que d’autres.
Quant aux autonomies, annoncées à 530 km sur le cycle WLTP grâce à une batterie de 122 kWh, ou aux puissances de recharge (350 kW) presque deux fois inférieures à celle de la nouvelle Mercedes AMG GT 4-portes électrique malgré une architecture 800V, Ferrari n’établit aucune référence. Dommage pour une voiture à plus d’un demi-million d’euros.
La firme de Maranello a peut-être joué la prudence pour cette première 100% électrique qu’il a conçue seul, mais rien ne l’obligeait à s’engouffrer sur cette pente à risque pour les constructeurs de voitures sportives. Car entre ceux qui ont fait machine arrière après de premières expériences commerciales compliquées (Porsche), voire rétropédalé avant (Lamborghini), les exemples de revirements ou de retardement ne manquent pas. Reste à prendre le volant de cette nouvelle Ferrari Luce pour qu’au moins à la conduite, elle fasse honneur à son pédigrée.
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