Iveco tente un pari original avec son eDaily 7,2 tonnes : convaincre les entreprises de franchir le cap du permis poids lourd en prenant en charge les frais de formation, tout en mettant en avant un bilan économique supposément avantageux face au diesel.
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Le constat de départ est assez simple : le parc de véhicules utilitaires légers de 3,5 tonnes en France a gonflé de 52 % en 15 ans, porté par l’essor du e-commerce. Vous l’avez sans doute remarqué lorsque vous circuler, le nombre de petites (ou grandes) camionnettes blanches a bien augmenté ! Pourtant, moins de 3 % de ces 743 000 véhicules sont électrifiés. Les raisons sont multiples, mais la première est plutôt assez limpide : les prix !
Jusqu’à 6000€ de remboursés
Alors forcément, il faut user de subterfuges pour les constructeurs afin d’encourager le passage à l’électrique, d’autant plus que la fiscalité est encore relativement clémente avec les entreprises (notamment par rapport au VP) en ce qui concerne les VU. Iveco a recours à un angle assez amusant et astucieux pour promouvoir son eDaily 72C14E, un fourgon électrique de 7,2 tonnes qui nécessite, lui, le permis C ou C1. Pour lever ce verrou, le constructeur propose de rembourser jusqu’à 6 000 euros HT les frais de formation, passage du code inclus. Une initiative qui vise les entreprises qui roulent aujourd’hui en 3,5 tonnes et qui pourraient, moyennant une montée en compétence de leurs conducteurs, transporter davantage en un seul passage. La charge utile est effectivement dans un autre registre : là où un fourgon classique emporte environ 1 160 kg, l’eDaily peut monter jusqu’à 3 750 kg. Quant au chronotachygraphe, il n’est pas obligatoire pour les déplacements dans un rayon de 100 km autour du siège social. Un détail qui peut aussi simplifier la vie des petits opérateurs.

Un TCO favorable mais sous conditions
Au-delà de la prise en charge du permis, l’argument économique repose sur un empilement d’aides publiques. La prime CEE atteint désormais 25 769 euros TTC depuis le 1er juin 2026 pour les fourgons, et peut grimper jusqu’à 53 479 euros TTC pour les bennes à ordures ménagères en zones moins denses. À cela s’ajoute un mécanisme de suramortissement permettant de réduire l’impôt sur les sociétés jusqu’à 20 000 euros par véhicule. Iveco avance un TCO inférieur de 12 à 18 % à son équivalent diesel sur 8 ans, en intégrant une réduction des coûts énergétiques de 58 % en mission distribution et de 65 % pour les bennes à ordures ménagères. Ces calculs sont fondés sur un prix de l’électricité à 0,20 €/kWh et du gazole à 1,38 €/l, des données qui n’intègrent absolument pas les fluctuations liées à la crise énergétique actuelle. En effet, les économies réalisées restent très dépendantes du contexte tarifaire. Si l’électricité venait à renchérir significativement, l’équation pourrait se recalculer. Sur le plan environnemental, Iveco cite une réduction de 98 % des émissions CO2 « du puits à la roue ». Un chiffre qui reflète la part du nucléaire dans le mix électrique français, et qui ne vaut donc pas universellement pour les entreprises opérant à l’international, notamment en Allemagne où le charbon est encore très présent.
Une offre technique solide mais un marché à convaincre
L’eDaily en lui-même n’est pas une nouveauté puisqu’il s’agit d’une version électrique du Daily, utilitaire bien établi dont Iveco revendique 85 % de parts de marché sur le segment des 6 à 7,5 tonnes en 2025. La continuité avec le thermique est assumée, c’est d’ailleurs l’un des arguments de vente : les carrossiers connaissent le châssis, les ateliers aussi. Pratique pour les transformations, les réparations et les garanties. Techniquement, le véhicule propose jusqu’à 350 km d’autonomie en usage urbain, une charge rapide à 115 kW (100 km récupérés en 20 minutes selon la marque) et une prise de force électrique de 50 kW pour alimenter les équipements embarqués. Le volume de chargement atteint 20 m³ en fourgon tôlé standard, davantage avec une caisse rapportée. La vraie question n’est probablement pas technique, même si l’autonomie peut paraître un peu légère si le véhicule n’est pas rechargé chaque jour. Elle tient aussi à la volonté des entreprises de former leurs salariés à un permis supplémentaire, de gérer une recharge sur site ou à distance, et d’investir dans un véhicule dont le prix catalogue reste plus élevé que celui d’un utilitaire diesel équivalent, avant déduction des aides. Des aides qui ne seront pas éternelles.
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