Après un an et recherches et 50 candidatures, « je n’ai obtenu qu’un seul entretien »: en Allemagne, la crise dans l’automobile frappe les jeunes ingénieurs de plein fouet


Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, l’industrie automobile allemande a perdu 8% de ses effectifs entre 2020 et 2025 du fait de la crise du secteur, concurrencé par l’essor de marques chinoises plus compétitives. Le taux de chômage des ingénieurs qualifiés a atteint 3,8% l’an dernier, soit une hausse d’environ 50% par rapport à 2022.

Max Peil, 30 ans, ingénieur logiciel expérimenté dans l’automobile allemande: avec un tel profil, le jeune homme pensait trouver rapidement un poste. Mais un an de recherches et une cinquantaine de candidatures plus tard, il est encore au chômage. Illustration de la crise qui frappe de plein fouet l’industrie allemande, l’automobile en particulier.

Spécialisé dans les logiciels de vision par ordinateur, une technologie essentielle aux systèmes de conduite autonome et intelligente, Max Peil semblait prédestiné à un emploi chez l’un des géants allemands de l’automobile. Mais des années de croissance atone, un manque d’innovation et une concurrence chinoise féroce (qui implante même une partie de sa production en Europe) sont venus doucher les espoirs de jeunes ingénieurs comme lui.

« Tu te fais juste rejeter d’emblée », résume à l’AFP le trentenaire rencontré à Francfort. « Je n’ai obtenu qu’un seul entretien. La même chose pour mes amis, l’un deux a envoyé 60 candidatures », poursuit-il.

« Nous devons accepter que l’âge d’or est révolu »

Longtemps réputée pour sa fiabilité et sa capacité d’innovation, l’automobile allemande avait évité, grâce à ses exportations, le déclin industriel observé dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni, la France ou l’Italie.

Mais ces dernières années, la Chine, avec ses nouveaux venus comme BYD et Xpeng, a largement évincé les groupes allemands sur le marché chinois, le premier au monde, et concurrence ailleurs les voitures allemandes avec des modèles de qualité à moindre prix, notamment sur le segment électrique.

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L’automobile allemande doit, en conséquence, faire de douloureux ajustements. Le numéro un du secteur, Volkswagen, prépare ainsi un plan de restructuration si drastique, que les syndicats ont dit se préparer à un conflit social « majeur », avec en avant-goût des manifestations le 9 juillet sur une multitude de sites industriels. Le groupe a déjà engagé un plan prévoyant la suppression de 50.000 emplois en Allemagne d’ici à 2030, dont 35.000 au sein de la marque VW en accord avec les syndicats, ce qui ferait un total colossal de 100.000 postes.

« Il y a dix ans, l’Allemagne produisait environ six millions de véhicules par an, aujourd’hui, nous nous sommes stabilisés autour de quatre à 4,2 millions », souligne auprès de l’AFP Thomas Puls, économiste des transports à l’institut IW de Cologne.

« C’est toujours mieux que d’autres pays européens, mais nous devons accepter que l’âge d’or est révolu », ajoute-t-il.

Le secteur a déjà perdu 8% de ses effectifs entre 2020 et 2025

Ces dernières années, déjà, Volkswagen et les équipementiers Bosch, Continental, ZF ou encore Schaeffler, ainsi qu’une myriade de sous-traitants, ont annoncé des réductions d’effectifs sous l’effet de la concurrence chinoise et de la transition vers l’électrique. Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, l’industrie automobile allemande a ainsi perdu 8% de ses effectifs entre 2020 et 2025.

L’industrie allemande dans son ensemble subit ce que certains qualifient de « choc chinois 2.0 », Pékin montant en gamme et concurrençant désormais l’Allemagne sur des marchés d’exportation autrefois considérés comme acquis. Max Peil, qui a achevé l’an dernier un programme de formation chez le fabricant de pneus et équipementier Continental, a ressenti l’aggravation de la crise.

« Dès mon arrivée, on voyait déjà que telle ou telle activité était restructurée », dit-il. « Quand on voit partir des collègues expérimentés, on comprend que les chances d’être recruté sont faibles », explique-t-il.

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« Il suffisait d’envoyer une candidature chez BMW pour décrocher un travail »

Selon Anja Robert, responsable du service carrières d’une des principales écoles d’ingénieurs d’Aix-la-Chapelle (à l’ouest de l’Allemagne), même les meilleurs diplômés peinent à trouver rapidement un emploi.

« Certains viennent nous voir en disant ‘j’ai envoyé 30 candidatures et je n’ai pratiquement aucune réponse. Qu’est-ce qui ne va pas ?' », précise-t-elle, en rappelant le temps où « il suffisait d’envoyer une candidature chez BMW pour décrocher un travail ».

Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, le taux de chômage des ingénieurs qualifiés a atteint 3,8% l’an dernier, soit une hausse d’environ 50% par rapport à 2022. L’ingénieure électricienne Luca Linhsen, 30 ans, qui a commencé ce mois-ci un poste de consultante logicielle à Hambourg, a cherché un emploi plusieurs mois durant.

« Au début de nos études, on nous faisait comprendre qu’en tant qu’ingénieur, on avait pratiquement un emploi avant même d’obtenir son diplôme », raconte-t-elle.

Son conseil aujourd’hui aux candidats aux études d’ingénieur : « Faites-le par passion pour la technologie, et pas pour l’argent ni pour la sécurité de l’emploi. »



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