Prison de Condé-sur-Sarthe : un rapport dénonce des « violences systémiques »



Après une visite de quatre jours menée début mai par une équipe de six contrôleurs, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dresse un constat particulièrement sévère sur le fonctionnement du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), créé à l’automne 2025 pour accueillir les détenus considérés comme les plus dangereux. Au moment de l’inspection, 38 personnes y étaient incarcérées pour une capacité de 40 places.

Prison de Condé-sur-Sarthe : brimades, humiliations, violences.. des abus de pouvoir répétés

Selon l’autorité indépendante, « il ressort des constats effectués et des témoignages reçus, tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants, que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention« .

Le rapport décrit un climat marqué par les brimades, les humiliations, les violences physiques et psychologiques ainsi que des abus de pouvoir répétés.

L’un des premiers constats concerne les agents affectés au quartier, mais aussi au quartier d’isolement ou à l’équipe locale de sécurité pénitentiaire (ELSP), qui interviennent cagoulés en permanence. Une pratique qui empêcherait les détenus « d’identifier les agents fautifs », alimentant selon la CGLPL un véritable « sentiment d’impunité ».

Des fouilles « humiliantes », des insultes et des réveils en pleine nuit

Le document détaille de nombreuses pratiques jugées contraires au respect de la dignité des détenus. Les contrôleurs évoquent des fouilles qui « sont humiliantes ou brutales » et qui « donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus ».

Le rapport décrit également une ambiance de tension permanente. « Certaines pratiques de surveillants relèvent d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir. Dès 7 heures, la prise de service peut s’accompagner de cris dans les coursives, de coups portés dans les portes, d’interpellations agressives ou d’insultes. »

Même la nuit, les contrôles effectués par les surveillants seraient parfois utilisés « de prétexte » pour réveiller volontairement les détenus, avec « allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules ».

Le rapport pointe également des incidents au quartier disciplinaire où certains placements « s’accompagnent de propos et d’attitudes de surveillants volontairement déclencheurs d’incidents qui se soldent parfois par des actes violents ».

Parmi les témoignages recueillis, la CGLPL évoque une pratique particulièrement choquante. « Plusieurs témoignages concordants ont rapporté une pratique consistant à placer les éléments des repas dans une corbeille tenue en hauteur en défiant le détenu de s’en saisir sans toucher ladite corbeille, sous peine de ne pas recevoir de nourriture et de subir des violences. »

Pour l’autorité indépendante, « par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme », qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants. Les contrôleurs estiment que ces pratiques « doivent cesser immédiatement ».

Gérald Darmanin réfute le rapport et répond point par point

Face à ces accusations, Gérald Darmanin réfute les conclusions de la Contrôleure générale. Dans un courrier adressé mercredi à Dominique Simonnot, le garde des Sceaux affirme que « à ce jour, aucun référé-liberté, aucun recours pour conditions indignes de détention, ni aucune plainte pénale » n’a permis de « constater une atteinte avérée aux droits fondamentaux des personnes détenues » dans l’établissement.

Le ministre assure également que le fonctionnement du quartier respecte « les exigences légales, éthiques et sécuritaires » et répond point par point aux critiques formulées dans le rapport. Il annonce par ailleurs qu’une mission de contrôle interne et d’évaluation de la doctrine des QLCO se rendra à Condé-sur-Sarthe dès l’été 2026.

Une enquête judiciaire est déjà en cours

Ces révélations interviennent alors qu’une enquête est déjà ouverte après la plainte de six détenus incarcérés dans ce quartier ultra-sécurisé. Ils accusent la direction et plusieurs surveillants d’avoir cherché à « humilier » et « déshumaniser » les personnes détenues afin de « briser leur résistance ».

L’avocate des plaignants, Marie Violleau, estime que les conclusions du rapport confirment les accusations formulées par ses clients. « Le contenu du rapport ne m’étonne absolument pas. »

Selon elle, « ce qui est dénoncé, ce sont des violences systémiques, de l’intimidation : ce sont des infractions pénales ».





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