Pour la première fois, le syndicat des commissaires de police (SCPN) et l’union syndicale des magistrats (USM), tous deux majoritaires, ont adressé ce jeudi une lettre ouverte à Gérald Darmanin le sommant de « cesser la quête permanente de boucs-émissaires » à la suite de l’affaire Lyhanna. Cette démarche est tout à fait inédite, même si par le passé les uns ont pu apporter leur soutien aux autres, notamment lors de la mise en place de la réforme de la police nationale.
Dans cette lettre communiquée, les deux organisations font part de leur « vive émotion » et de leur « profonde indignation » au ministre de la Justice, qui avait adressé fin juillet une note de douze pages au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dans laquelle il éreintait la police. « La quête permanente de boucs émissaires qu’il s’agisse de magistrats surchargés, de commissaires désarmés ou de services d’enquête asphyxiés doit cesser », écrivent Frédéric Lauze, secrétaire général du SCPN, et Ludovic Priat, président de l’USM.
« Une posture démagogique et stérile »
À leurs yeux « jeter en pâture des agents publics qui œuvrent quotidiennement au service de la Nation dans des conditions profondément dégradées constitue une posture démagogique et stérile ». Dans cette note qui a chauffé à blanc la police, Gérald Darmanin synthétisait les remontées d’informations établies par les parquets généraux sur les violences sexuelles faites aux enfants, devenues la priorité de son ministère depuis la vague d’indignation provoquée par l’affaire Lyhanna, du nom de la collégienne de 11 ans retrouvée morte en juin dans le Gers.
Le suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans être inquiété.
Il en ressortait une litanie de dysfonctionnements « d’ordre structurel », de manque de formation des enquêteurs, de moyens et d’outils, ainsi que l’existence d’un « stock fantôme » de procédures, des dossiers non répertoriés par la justice faute de transmission. Surtout, cette note pointait du doigt telle ou telle ville, tel ou tel département.
« Vos services ont privilégié la recherche de responsabilités individuelles plutôt que l’analyse lucide des causes profondes de cette situation. Ils ont surtout feint de découvrir une réalité connue depuis longtemps de tous les acteurs judiciaires, enquêteurs, cadres de la police et de la gendarmerie nationales, magistrats du parquet comme du siège », estiment les deux responsables syndicaux.
À leurs yeux, la crise actuelle « résulte de choix politiques accumulés depuis des décennies ». Ils mettent en exergue « une chaîne judiciaire en souffrance, matériellement et humainement paralysée et sous dimensionnée pour absorber des flux devenus XXL ». Dénonçant de nouveau la « complexité croissante de la procédure pénale », et « une accumulation de réformes, de formalités et d’injonctions parfois contradictoires », les deux responsables demandent « un véritable choc d’efficacité et de simplification ».