Longtemps considérés comme un rempart sécurisant contre le chômage, les diplômes d’ingénieurs et de commerce subissent aussi les dégradations de la conjoncture économique française. En 2026, seuls 76 % des jeunes diplômés des grandes écoles (ingénieurs, managers, commerce, journalisme, design) ont décroché un poste moins de six mois après leur sortie d’école, contre 80,2 % l’année précédente. Cette chute de 4,2 points marque le deuxième recul annuel consécutif, portant la perte à près de 10 points d’employabilité immédiate en l’espace de deux ans.
Mécaniquement le nombre de diplômés en recherche d’un emploi grimpe ainsi à 20,5 % pour la promotion 2025. Il s’agit aussi du pire score enregistré depuis 2005. Ces mauvaises nouvelles pour les étudiants sont expliquées « logiquement » par la frilosité économique ambiante (restrictions budgétaires de l’Etat, taux d’intérêts élevés, défaut de paiement des entreprises, climat international géopolitique compliqué…), France Travail anticipe un recul global des recrutements à l’échelle nationale, avec seulement 2,3 millions d’intentions d’embauche prévues pour l’année 2026, soit son plus bas niveau depuis huit ans.
Les ingénieurs les plus touchés
Contre toute attente, ce sont les diplômés des écoles d’ingénieurs, habituellement courtisés avant même la fin de leur cursus, qui enregistrent le plus fort recul. Leur taux d’emploi net chute brutalement de 4,9 points pour s’établir à 77,5 %. Bien qu’ils conservent une légère avance sur les diplômés d’écoles de commerce (74,5 %) et les autres spécialités (72,2 %), leur marge de sécurité se réduit comme peau de chagrin.
Cette vulnérabilité s’explique principalement par la concentration des jeunes ingénieurs dans deux secteurs clés particulièrement exposés : les cabinets de conseil (24,3 % des embauches) et les services du numérique (17,4 %). Au-delà de la situation économique internationale morose, un nouveau facteur invisible commence à gripper le moteur de l’emploi technologique : la mise en place de l’intelligence artificielle dans les process et méthodes. Des secteurs d’activité entiers, tels que le conseil et les ESN (Entreprises de Services du Numérique), suspendent leurs projets d’embauche le temps de réorganiser leurs effectifs et de capter d’éventuels gains de productivité permis par ces outils.
Ce ralentissement fait aussi écho à une tendance de fond déjà observée aux États-Unis, où le taux d’emploi des jeunes diplômés en génie informatique et science des données a déjà diminué sous l’effet de l’automatisation.
Des salaires stables à la sortie
Seule note positive dans ce panorama morose, le niveau des rémunérations parvient à faire de la résistance. Face à la baisse globale des embauches, le niveau des rémunérations parvient néanmoins à faire preuve d’une relative résilience. Selon les données l’étude, le salaire brut annuel médian à l’embauche s’établit à 39 679 euros hors primes (soit un équivalent d’environ 3 300 euros mensuels).
39 679
euros hors primes
Le salaire médian brut d’un jeune diplômé à l’embauche
CGE
Soit une très légère progression de 0,2 % sur un an. Cependant, cette stabilité cache une réalité contrastée selon les spécialités : ce sont les diplômés d’autres filières (architecture, journalisme, etc.) qui tirent leur épingle du jeu avec une hausse de + 2,4 % de leur rémunération initiale, suivis par les ingénieurs qui affichent une progression timide de + 0,4 %. Ces ajustements à la hausse permettent à ces deux catégories de combler une partie de leur retard historique vis-à-vis des diplômés des écoles de management, qui continuent de bénéficier des salaires d’entrée les plus élevés du marché malgré le ralentissement de la conjoncture.
Aussi à noter, la part des diplômés de la promotion 2025 qui prennent un poste à l’étranger reste stable autour des 11%. La Suisse est leur première destination devant le Luxembourg avec des salaires bien plus élevés : respectivement 84 304 et 49 958 euros.