« Ce n’est pas à un Arabe de parler de nos châteaux », « fait plus de vidéos sur les châteaux en France gros blédar (sic) retourne dans le désert », « rentre dans ton pays ». Depuis plus d’un an, Amine Kassid subit une violente vague de haine et de racisme en ligne. Son tort ? Avec son compte « Amine le Conquérant » – référence au duc de Normandie et roi d’Angleterre Guillaume le Conquérant – le vidéaste raconte l’Histoire de France, en faisant visiter virtuellement à ses plus de 200 000 abonnés sur Instagram les nombreux châteaux répertoriés dans l’Hexagone.
Mais ce qui dérange véritablement ses cyberharceleurs, c’est qu’Amine Kassid est franco-marocain et de confession musulmane. Peu importe sa passion sincère pour l’Histoire et le patrimoine ou ses talents de vulgarisateur : son identité, réelle ou supposée, le rend illégitime aux yeux de ses détracteurs. « Ce qui insupporte les fachos, c’est qu’un mec maghrébin, fier d’être musulman et français, aille dans ces lieux et raconte leurs histoires », répondait-il auprès de Mediapart la semaine dernière.
Cette violence a redoublé récemment, après l’annonce de sa collaboration avec la Fabrique de la Flèche, le chantier – visitable – de la reconstruction de la tour et de la flèche nord de la Basilique Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), demeure funéraire de plusieurs rois de France. « Qu’un jeune homme passionné par l’Histoire de France soit pris pour cible en raison de ses origines, au motif qu’il n’aurait pas le droit de parler de ce pays, dit quelque chose de profondément honteux sur une partie de ceux qui prétendent défendre le patrimoine national. On ne défend pas un héritage commun en en chassant les héritiers. On le trahit », a été contraint de réagir Nicolas Matyjasik, directeur général du chantier, dans une tribune publiée ce jeudi dans Le Monde.
Né à Colombes (Hauts-de-Seine) d’un père mécanicien et d’une mère assistante maternelle, Amine Kassid se passionne pour le patrimoine sur le tard. Selon son propre récit, c’est en découvrant le château de Pierrefonds, dans l’Oise, lors d’un tournage en 2009, qu’il y prend goût. Il jouait alors un petit rôle dans la série Merlin. Ses premières vidéos sur les châteaux de France, réalisées avec un drone, arrivent courant 2024.
Pour agrémenter ses vidéos d’anecdotes utiles et divertissantes, le vidéaste a écumé des centaines de livres d’histoire, notamment ceux de Stéphane Bern, pour qui il ne cache pas son admiration. « Je connais par cœur ses émissions », confie-t-il au Parisien. Celui-ci lui a d’ailleurs apporté un franc soutien le 22 mai dernier : « Je ne supporte pas le racisme dont tu es souvent la victime », déclare-t-il face caméra dans une vidéo sur Instagram. « Je pense que tu permets, grâce à des images en drone, mais aussi à ce que tu racontes, de faire aimer le patrimoine à des gens qui se sentent peut-être parfois exclus, qui se sentent loin du patrimoine. Or, le patrimoine appartient à tout le monde », le félicite-t-il.
Ce n’est pas la seule personnalité publique à apprécier le travail d’Amine Kassib. Les vidéastes et vulgarisateurs historiques Yann Bouvier (Yann Tout court) et Nota Bene, les rappeurs JoeyStarr et Oxmo Puccino, mais aussi l’astronaute Thomas Pesquet, sont de fidèles followers.
Un livre et une émission
Amine le Conquérant a décidé de ne pas rester impassible face à la violence. Le 5 mars dernier, il a déposé plainte contre le collectionneur Pierre-Jean Chalençon, qui lui avait écrit « T’es qui toi à part t’appeler Amine !!!! Vas en Iran protéger tes potes les Mollahs !!!! Vive le Shah !! PS : tu sais qui ». Le vidéaste lui avait auparavant fait remarquer qu’il faisait preuve d’amalgame et de racisme quand il a prétendu, en octobre 2025, que les cambrioleurs du musée du Louvre étaient « des jeunes de banlieues » et des « racailles » dans l’émission de Cyril Hanouna sur W9.
Selon Le Parisien, l’influenceur s’apprête à publier un livre sur son parcours, Amine, du bitume au donjon (DachBook). Il aurait également été contacté par la société qui produit « Échappées belles » pour un projet d’émission.