Cinq années. C’est le laps de temps qui aura suffi pour transformer la question du nombre de fonctionnaires en un point de convergence entre le centre droit et l’extrême droite.
Faisons un retour sur les événements récents. Le 6 juillet 2020, Amélie de Montchalin, récemment nommée ministre de la transformation et de la fonction publiques, marque une rupture. Tout d’abord, le portefeuille dépend désormais directement du premier ministre, et non plus des comptes publics. Ensuite, la promesse présidentielle de supprimer 50 000 postes dans la fonction publique est formellement abandonnée. Cette orientation est confirmée lors de la présidentielle de 2022 : pour Amélie de Montchalin, la « surenchère » des Républicains sur la réduction des effectifs démontre qu’ils ne sont « pas mûrs pour gouverner ».
Ce changement de cap ne durera toutefois qu’un temps. Son successeur immédiat, Stanislas Guerini, remet sur la table le « tabou des licenciements dans la fonction publique ». Guillaume Kasbarian, qui lui succède, se déclare impatient de « partager » avec Elon Musk « les meilleures pratiques pour lutter contre l’excès de bureaucratie », et cela avant même d’être officiellement nommé à la direction du département de l’efficacité gouvernementale américaine.
« Dégraisser le mammouth »
En 2025, de retour au sein du gouvernement et désormais en charge des comptes publics, Amélie de Montchalin officialise le nouveau cap sur CNews et Europe 1, puis dans Le Journal du dimanche : le gouvernement prévoit de supprimer un tiers des agences de l’État et de réduire les effectifs de fonctionnaires. Les médias choisis pour annoncer cette inflexion ne sont pas anodins : c’est au sein du groupe Bolloré, alors que la survie du gouvernement dépend désormais d’un parti d’extrême droite renforcé par les législatives anticipées de l’été 2024, qu’une ministre du « bloc central » communique ce revirement.
Pour mieux comprendre la situation, il convient de retracer l’évolution du discours sur les effectifs de la fonction publique. Les responsables politiques ont récemment déplacé leur rhétorique : il ne s’agit plus de viser tous les agents, mais de cibler la bureaucratie. Un modèle les inspire : Claude Allègre (1937-2025). Ministre de l’éducation nationale sous Jospin, il reste connu pour avoir lancé en 1997 la formule polémique : « dégraisser le mammouth ». Face à la controverse, il avait précisé qu’il ne visait pas les enseignants mais la lourdeur administrative du ministère.
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